Du récent Forum économique mondial tenu à Davos, en Suisse, en janvier 2026, qui a clairement montré que le multilatéralisme est en crise, au camouflet de la Cour Suprême des États-Unis, la plus haute juridiction du pays, à majorité conservatrice qui a annulé les droits de douane « réciproques », privant ainsi l’administration Trump du pilier de sa politique économique, le monde assiste au coup d’arrêt de la politique expansionniste et extensionniste du pouvoir de Donald Trump. Déjà au plan interne des États-Unis, l’extension du pouvoir exécutif au détriment du pouvoir législatif a de graves conséquences économiques, politiques et juridiques. Sur le plan international, une grande période d’incertitude demeure, surtout sur les plans sécuritaire et commercial. Quelle ambition anime réellement Donald Trump ?
Comme si le dérèglement des termes de l’échange ainsi que le réchauffement climatique de la planète ne suffisaient pas à amener le monde à prendre conscience de l’onde de choc générée par une gestion quasi médiocre et désordonnée de l’environnement international, Donald Trump, acteur principal d’une pièce de théâtre dont il est l’auteur, vient de se lancer à corps perdu, dans une blague de mauvais goût, en allumant, partout dans le monde, des foyers de feu susceptibles de favoriser ce qu’il est convenu d’appeler, le réchauffement conflictuel de la planète.
Indigné par ce révisionnisme pathétique de l’ordre international, le Premier Ministre du Canada s’est exprimé en ces termes : « Le monde a changé, Washington a changé, il n’y a plus rien de normal aux États Unis ». En représailles de ce discours, et pour montrer que c’est lui qui tient les hauts et les bas de la nouvelle donne internationale, Donald Trump brandit la menace d’exclusion du Canada du Conseil de la paix créé sans vergogne, comme une société interventionniste de droit privé à actionnariat varié, dont lui-même tient le leadership. À ce propos, la création d’un Conseil de la paix qui concurrence l’ONU semble être une mauvaise initiative, même si le 19 février dernier, a eu la réunion inaugurale du fameux ‘’ Conseil de paix’’ de Donald Trump à Washington.
Afin de conjurer cette dérive totalitaire qui risque de plonger le monde dans un chaos sans précédent, Dominique de Villepin quant à lui, estime « qu’il faut donner des repères à Donald Trump qui mène une politique hiératique qui n’a pas d’autre but que de créer de l’instabilité et de l’imprévisibilité. Le désordre qu’il crée partout dans le monde, il le crée également à l’intérieur des États unis qui sont au bord d’une sorte de guerre civile culturelle pouvant faire basculer la démocratie libérale vers la démocratie illibérale, un risque qui menace aussi les européens, d’où l’appel à la vigilance pour la défense du droit international comme de l’état de droit ».
Après avoir risqué gros, en élisant un président (pyromane ?) à la tête des USA, le 8 novembre 2016, le peuple américain vient une fois de plus, de commettre une erreur d’ordre stratégique, en confiant de nouveau, son destin à Donald Trump, un homme d’état imprévisible qui confond les affaires privées avec la gestion des politiques publiques.
Acquitté au bénéfice du doute, à la suite de son échec pour un deuxième mandat en 2020, Donald Trump est revenu sur la sellette en 2024 avec un cahier de charges tortueux et rugueux, qui fait perdre la face des USA devant le monde. Les premiers actes pris par l’administration Trump constituent des cas flagrants de banditisme d’état, un faisceau d’indices probants, susceptibles d’inculper les USA devant le tribunal de l’histoire, comme une Nation terroriste, alors qu’elle s’est imposée au fil du temps comme étant une Nation vertueuse, une Nation arc- en-ciel, façonnée au gré des vicissitudes migratoires et du travail libérateur.
Aujourd’hui, avec les maladresses diplomatiques de Trump, de Villepin estime une fois de plus, que les USA risquent de perdre un siècle de puissance, un soft power qui les inscrivait au premier plan des nations fortes.
Jouant les messianistes de la nouvelle Amérique, Donald Trump, s’est donné un don d’ubiquité. Pirate en mer, il positionne une armada, avec le porte avion USS Abraham Lincoln pour attaquer l’Iran.
Avec le kidnapping de Nicolas Maduro du Venezuela, Donald Trump a franchi le Rubicon de l’inacceptable au plan diplomatique, en passant pour un ravisseur, une infraction ignoble sur le plan du droit international qui a soulevé une levée de bouclier dans le monde, mais sans grande efficacité par défaut de représailles contre un monstre qui sème terreur et désolation sur l’ordre international. Outre la politique protectionniste basée sur le retour de la doctrine Monroe de l’Amérique aux américains, « América first », ou la mise en œuvre de son slogan de campagne Make America great again ( MAGA), Trump tente de remettre en cause les différentes alliances, défait les accords auxquels les USA sont parties prenantes, accuse l’ONU et le système des Nations Unies d’inefficaces, se retire de l’Accord sur le climat de Paris et autres accords commerciaux, en imposant des tarifs douaniers sur les importations, recadre la politique d’immigration. Depuis, il envisage d’attaquer l’Iran, d’annexer le Groenland et d’autres pays d’Amérique du Sud. Parlant des USA, La Russie par la voix de son ministre des affaires étrangères, M. Sergueï Lavrov, n’a pas manqué de dénoncer cette dérive comme un délit d’oubli d’un pays qui n’a jamais connu les affres de la guerre, et par conséquent, incapable d’en mesurer les conséquences dévastatrices.
De plus, l’opinion internationale s’étonne du courage de Donald Trump qui revendique ironiquement un Prix Nobel pour la paix, pour avoir soi-disant, imposé la paix dans 9 hypothétiques pays. Premiers à faire des leçons de morale sur les vertus des droits de l’homme et de la démocratie, les USA sont les premiers à tordre le cou au concept de ‘’protection d’humanité’’ qui a longtemps mobilisé les Nations autour des vertus du multilatéralisme, comme indicateur de sécurité collective.
Il y a eu malheureusement dans ce monde, ce genre de messianistes qui ont entraîné leurs pays dans le gouffre. ‘’Les Maîtres de la Stratégie’’, ouvrage du Général Benoît Durieux et d’Olivier Wierviorka, dresse à juste titre les portraits de ceux qui ont analysé l’asymétrie des comportements à l’image de celui de Trump, concernant les anciennes et nouvelles formes de conflictualités depuis la plus haute antiquité à l’époque contemporaine actuelle. Et ces analyses font parties des travaux de Sun Zi à Clausewitz, de Miachiavel à Foch, l’objectif étant d’éclairer les consciences collectives sur ce phénomène toujours difficile à décrypter, à l’heure où tous les peuples aspirent à la paix et non à l’écrasement des plus faibles. Imbu par son complexe de supériorité et sa doctrine nazie de la race aryenne, Adolf Hitler n’a-t-il pas fait condamner son pays, l’Allemagne, à un lourd tribut qu’il paye jusqu’à ce jour, après avoir été condamnée à payer 32 millions de marks or, lors de la première guerre mondiale ? Quid du tribunal de l’histoire pour Trump ?
Les mauvais garçons ou les Bad boys, ont été toujours les premiers à faire voler en éclat, la puissance de leurs royaumes. Bien avant eux, l’Égypte de Pharaon a presque disparu de la carte en mettant en péril son puissant Empire, à cause des folies de grandeur de cet enfant terrible qui se prenait pour le Dieu sur terre.
En tombant dans le piège du rapport de force dans un environnement international pourtant régi par le droit international, et privilégiant une politique isolationniste et en même temps hégémonique, Donald Trump se trompe certainement de contexte stratégique. La gouvernance diplomatique à l’ère de la mondialisation ne se joue plus dans un jeu du gagne tout. Importer les menaces dans sa maison est une faute lourde. En dehors des menaces classiques, les USA doivent toujours avoir présent à l’esprit que, la douloureuse et meurtrière attaque surprise du 11 septembre 2011 dont le peuple américain ne s’est pas remis de ses blessures, rentre dans le cadre des menaces que les services de sécurité n’avaient pas vu venir, d’où la prudence. Le rôle interventionniste des USA dans le monde au nom de la force sous l’administration Trump, constitue un indicateur de fragilisation du peuple américain et une dérive de l’unilatéralisme. La civilisation de l’universel, c’est aussi l’obligation pour les États, de s’arrimer aux principes du droit international et de gestion concertée du monde. La société internationale est régie par des droits et des coutumes internationales sur lesquels reposent les principes et les engagements conventionnels. Imaginons un monde, où chaque État s’arroge le droit de gérer ses fréquences radio, au détriment de celles affectées par l’Union internationale des télécommunications ! La conséquence est la cacophonie. Imaginons un seul instant, que chaque État, au nom de la force, se lève à sa guise, pour aller hors de ses frontières, opérer des frappes chirurgicales contre un autre État qu’il accuse d’entretenir des activités terroristes ou encore d’autres méfaits par exemple ! N’est-il pas vrai que la guerre russo-ukrainienne est déjà une plaie saignante qui se transforme en véritable gangrène contre la paix universelle et la sécurité collective ?
Après les deux guerres mondiales qui ont généré la crise d’humanité avec des millions de morts, les peuples du monde résolurent de construire un système multilatéral de sécurité collective et de gestion du monde. Il y eut tout d’abord la Société des Nations qui a fait ses preuves de 1919 à 1946 ; vint ensuite, l’Organisation des Nations Unies qui lui succéda. Depuis 80 ans, et eu égard aux contreperformances managériales favorisées entre autres par la dérive unilatéraliste de certains États comme les USA, l’ONU semble avoir traversé le temps. Quoique, des voies concordantes se sont élevées pour la réforme en profondeur du Conseil de sécurité et de bien d’autres organes, l’ONU a montré aux peuples du monde, la nécessité de son existence. Par l’ONU, les notions de l’État, de la souveraineté de l’État, des espaces d’intérêt international, la protection des droits des humains, de respect des traités et conventions internationaux, donnent du sens et de la valeur pour l’existence d’une humanité où la paix devient une réalité vivante, eu égard à quelques frictions ou conflits qu’on peut identifier sur la surface terre.
L’unilatéralisme, faut-il le relever, est le pire ennemi de la civilisation de l’universel. C’est pourquoi, les États du monde, doivent s’efforcer de revenir en arrière, en brisant la tourmente des égos en respectant les règles du jeu à l’échelle internationale.
Aujourd’hui, il convient de mettre fin à la gesticulation de Trump car elle risque de mettre en péril la paix dans le monde. Toutefois, le premier camouflet qu’il vient de subir sur ses droits de douane par la Cour Suprême des États-Unis qui a récemment annulé les droits de douane « réciproques », prédit l’avenir ombrageux de son mandat. Il s’agit d’un séisme aussi bien juridique, politique qu’économique dans la mesure où 6 des 9 juges de la Cour Suprême des USA ont décidé d’annuler une grande partie des droits de douane imposés par lui à la quasi-totalité des pays de la planète.

