La dégradation rapide de l’environnement stratégique international amène plusieurs pays ou blocs de pays à changer leur politique de défense ou de sécurité. La majorité se dirige vers un réarmement global qui, semble-t-il, pourrait les prémunir contre la domination des autres ou  de faire face au retour des puissances impériales.

L’humanité est désormais entrée dans une période  d’instabilité durable qui se résume  en une dangereuse course aux armements  et une multiplication des conflits, lesquels cristallisent  le retour irréversible de grandes puissances sur la scène internationale. La première conséquence d'une telle réalité est l’affaiblissement du droit international. Le bannissement des règles internationales, l’accumulation des conflits à travers le monde sont la preuve que nous sommes entrés dans un monde où le droit de la force devient le seul argument. C’est le cas de la guerre déclenchée par les Etats-Unis et l’Israël contre l’Iran, au mépris des conventions internationales qu’incarnent pourtant les Nations Unis, depuis 80 ans.

Le conflit armé entre les Etats-Unis et Israël contre l’Iran est géopolitiquement désastreux dans un monde qui couvait déjà de nombreuses crises, notamment une économie mondiale en berne, un choc climatique ou environnemental qui crée le réchauffement de la planète, plus de 52 conflits armés recensés rien qu’en 2025.

Etats-Unis, Israël et Iran: Une situation géopolitique insoutenable

Les  premiers jours du mois de juin ont eu une tournure diplomatique retentissante, marquée par  une forte escalade de tensions et des signaux diplomatiques contradictoires. L'élément central est la décision de l'Iran de suspendre les négociations indirectes avec les États-Unis. Une décision qui a fait suite à l'expansion des opérations militaires israéliennes au Liban. Téhéran considère tout cela  comme une violation de la trêve d'avril 2026.

Parallèlement, le président américain Donald Trump a affirmé avoir personnellement obtenu un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, tout en maintenant une pression maximale sur l'Iran, via un blocus naval.

Dès le 1er juin 2026, la rupture est consommée. L’Iran, en réponse aux bombardements israëliens contre le Liban et à la contre-offensive américaine, a suspendu les négociations. Téhéran a annoncé via l'agence Tasnim la suspension des échanges de messages avec Washington par l'intermédiaire de médiateurs (pakistanais). La raison invoquée est l'offensive terrestre israélienne au Liban qui viole selon l'Iran les accords d'avril. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a d’ailleurs déclaré que la trêve est désormais "violée sur tous les fronts" .

Après constat, l’Iran a menacé de bloquer complètement le détroit d'Ormuz et d'activer d'autres fronts, à l’image de Bab el-Mandeb,  en guise de représailles.

L'armée américaine quant à elle a annoncé avoir mené des "frappes de légitime défense" contre des sites de défense aérienne et de drones iraniens. Les Gardiens de la révolution ripostent en visant une base abritant des forces américaines (Kuwait active sa défense aérienne) .

Le président Trump a tout de même déclaré à NBC News n’avoir pas été informé officiellement de la suspension. Il a affirmé que le "silence" lui convenait et que les États-Unis maintiendront le blocus.

Le 2 juin 2026, il y a eu des tensions sur les tankers en dehors du désaveu diplomatique né de l’incident en mer d'Oman. Le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé avoir neutralisé à l'aide d'un missile Hellfire le pétrolier M/T Lexie battant pavillon du Botswana. Ce pétrolier tentait de forcer le blocus naval américain pour atteindre l'île iranienne de Kharg .

A cela s’ajoute la  controverse ‘’Trump-Netanyahou’’. De nombreux médias, comme  Axios, rapportent que Donald Trump a physiquement retenu Benyamin Netanyahou, lui manifestant aussi son agacement. Alors qu'Israël préparait des frappes majeures sur Beyrouth, Trump aurait qualifié le Premier ministre israélien de "fucking crazy" ("complètement fou") lors d'un appel téléphonique. Le président Trump a ordonné d'annuler l'opération par peur de torpiller définitivement les canaux de discussion avec l'Iran .
Malgré la suspension officielle des négociations par Téhéran, Donald Trump s’est voulu rassurant : les conversations avec l'Iran se poursuivent "sans interruption, y compris aujourd'hui", qualifiant les reportages sur l'arrêt des pourparlers, de "fausses nouvelles" .

Le 3 juin 2026, l’on a assisté à une guerre de communication doublée d'une expansion militaire. L’Iran réitère qu'aucun accord n'est possible sans un cessez-le-feu total au Liban et à Gaza. Le Parlement iranien menace d'une "réponse militaire" si les attaques israéliennes  contre le Liban ne cessent pas.

Si Donald Trump affirme avoir obtenu un accord entre Israël et le Hezbollah pour "cesser toute fusillade », il est cependant constaté que cette annonce coïncide avec des frappes israéliennes qui ont déjà fait  cinq morts dont un enfant. Cet incident s'est produit au sud du Liban où   l'armée israélienne poursuit son offensive militaire. 

C’est dans ce contexte que le Congrès américain a voté un texte ordonnant la fin de la guerre en Iran. La guerre iranienne a des conséquences  économiques néfastes. Les prix du pétrole restent extrêmement volatils. Mais Trump ne s’est pas empêché de déclarer dans un podcast que les prix de l'essence aux États-Unis baisseront "quand la guerre avec l'Iran sera terminée". L’économie mondiale s’essouffle.

Au regard  des enjeux géopolitiques que requiert la crise iranienne, force est de relever plusieurs niveaux de considérations qui bouleversent le système des relations  internationales ou diplomatiques. D’abord, une  "Triple Equation" Libanaise, à travers laquelle  l’Iran considère le cessez-le-feu d'avril comme un tout régional. Pour Téhéran, frapper le Hezbollah son traditionnel allié, est en soi une provocation directe d’Israël contre ses intérêts. C'est le premier point de blocage.

Désormais, quelques divergences sont perceptibles entre les Etats-Unis et  Israël. Elles prouvent qu’un réel problème de fond subsiste entre les deux pays,  notamment la méthode à utiliser et la conception que les deux ( États-Unis et Israël) se font sur le comment anéantir l’Iran. Bien qu'alliés, leurs agendas divergent. Israël pousse pour démanteler la menace du Hezbollah, avec des incursions au-delà du fleuve Litani, tandis que les États-Unis semblent privilégier une approche de désescalade rapide. L'objectif est de sécuriser le potentiel accord global en négociation avec l'Iran, sur le nucléaire et le prix du pétrole, et cela avant les élections de mi-mandat.
Le blocus naval est le troisième niveau des enjeux géopolitiques de cette crise armée aux conséquences multiples sur le plan planétaire: la stratégie américaine de "pression maximale" par le blocus du détroit d’Ormuz, avec neutralisation des tankers,  s'oppose frontalement à la stratégie iranienne de contrôle des détroits. Le risque d'un embrasement accidentel reste très élevé.

Toutefois, si au 4 juin 2026, la situation semble à l'arrêt sur le plan diplomatique, il n’en demeure pas moins que les velléités de guerre restent visibles. La crédibilité des annonces de cessez-le-feu demeure faible au regard de la situation réelle sur le théâtre d’opérations.  La guerre par procuration au Liban menace de devenir un conflit ouvert entre grandes puissances. La guerre contre l’Iran révèle une réalité stratégique indubitable: les États-Unis sont aujourd’hui confrontés à plusieurs priorités stratégiques simultanées. D’abord la rivalité avec la Chine dans l’Indo-Pacifique, ses engagements militaires au Moyen-Orient et ses ambitions dans l’hémisphère occidental. Désormais, avec la guerre iranienne, plusieurs États souhaitent adapter leurs armées aux transformations modernes de la guerre. Chaque pays est déterminé à developper une véritable autonomie stratégique. L’Union européenne, la Russie, la Chine sont dans cette logique de puissance, même si l’Afrique, elle, attend des solutions venues d’ailleurs, si ce n’est à les subir. En usant les États-Unis dont l'ardoise de cette guerre se chiffre en centaines de milliards de dollars pour efforts de guerre, la position d'Iran semble avoir pris de l'épaisseur de la zone du Moyen-Orient. Désormais, il faudra s'habituer à une autre réalité géopolitique où domine la logique de puissance.