‘’Georges Bush père contacta Jacques Chirac qui l’y mit en contact avec Denis Sassou N’Guesso pour opérer un rapprochement décisif entre l’Afrique du Sud et l’Angola ‘’

Entre 1986 et 1987, alors que Denis Sassou N’Guesso, Président du Congo Brazzaville exerçait un mandat élogieux à la tête de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et au Conseil de sécurité des Nations unies, une cascade d’événements bousculent le paysage de l’Afrique Australe, nécessitant d’âpres négociations pour la paix, avant un éventuel embrasement, du fait de l’intransigeance de l’Afrique du Sud, par l’entremise de son odieux système d’apartheid . De 1948 à 1991, ce régime avait mis en place une doctrine basée sur le racisme, les tortures et les meurtres. Avec son talent coutumier, Denis Sassou N’Guesso conjugua la fluidité du négociateur et la profondeur de fin connaisseur des dossiers de cette partie d’Afrique, avant de démêler les noeuds qui bloquaient les négociations quadripartites sur la paix en Afrique Australe que menaient les États-Unis d’Amérique. Il y a 36 ans, jour pour jour que fut signé à Brazzaville, sous la médiation des Etats Unis d’Amérique et sous le leadership diplomatique du Président Denis Sassou N’Guesso, l’historique “Protocole de Brazzaville sur la Paix en Afrique Australe”.

Après avoir tourné sans succès, à New York, à Genève, à Londres, au Caire, au Cap Vert, les négociations quadripartites sur la paix en Afrique Australe, menées après de rudes et passionnantes discussions entre Cuba, l’Angola, l’Afrique du Sud, sous la médiation des Etats Unis d’Amérique, aboutirent à la conclusion à Brazzaville, le 13 décembre 1988 à 13 heures, d’un “ Protocole de Brazzaville sur la Paix en Afrique Australe”.

Voici qu’en cinq mois seulement et après huit phases de négociations, Brazzaville, pays marxiste léniniste à l’époque et fer de lance du mouvement anti-apartheid est devenue la plaque tournante où s’est joué le destin de l’Afrique Australe. Tout ceci, grâce au leadership diplomatique de Denis Sassou N’Guesso. Un leadership acquis à la faveur de son excellent mandat à la tête de l’OUA et au Conseil de sécurité, de 1986 à 1987.

Isolée du fait de l’accélération du Mouvement international des sanctions contre l’odieux système d’apartheid, l’Afrique du Sud décida d’en découdre en sollicitant la médiation des USA pour la sortir de cette situation qui avait gravement ruiné son économie. C’est dans ce contexte que Georges Bush père contacta Jacques Chirac qui l’y mit en contact avec Denis Sassou N’Guesso pour opérer un rapprochement décisif entre l’Afrique du Sud et l’Angola.

En un claquement de doigts, notamment le 4 avril 1987, Denis Sassou N’Guesso réussit à réunir à Brazzaville, les deux pays qui s’opposaient afin d’engager des pourparlers directs sur la paix en Afrique Australe.

En début d’année 1988, commença alors cette épopée à laquelle fut impliqué de jour comme de nuit, Denis Sassou N’Guesso. Avec le concours de son ami Jean-Yves OLIVIER, leader français d’opinion, le Président congolais engagea le ministre Antoine OBA et son Chef de sécurité d’alors, le Colonel Pierre OBA, comme émissaires auprès des autorités sud-africaines et angolaises.

Les négociations de Brazzaville prirent des allures d’une fin de règne en ce qui concerne l’Afrique du Sud, dans la mesure où elles mirent au goût du jour, la défense de l’identité des peuples opprimés. La raison ayant prévalu sur tout, la période chaotique fascinée par le racisme, la discrimination et l’expansionnisme du régime de Pieter Willem Botha sera secouée par les conclusions des négociations quadripartites de Brazzaville. Le salutaire Protocole de Brazzaville qui en découla permit ainsi à l’Angola, l’Afrique du Sud et Cuba, de conclure le 22 décembre 1988, dans la salle du Conseil de sécurité à New York, des accords bilatéraux consécutifs au retrait simultané des troupes cubaines et sud-africaines du territoire d’Angola.

Ce fut donc le dégel d’un processus de paix bloqué depuis 1978 à cause du refus systématique de l’Afrique du Sud de déménager du Sud Ouest africain (actuelle Namibie), lequel déménagement qu’elle liait au retrait préalable des troupes cubaines du sud d’Angola, un absurde “linkage” (lien), alors que la résolution 435/78 sur la Namibie l’y contraignait. Engagée injustement depuis 40 ans dans un système d’apartheid discriminatoire, raciste et dégradant, l’Afrique du Sud avait étendu ses tentacules impérialistes en Angola, pays qu’elle occupait impunément.

Ces négociations de Brazzaville riches en suspens accouchèrent d’un “Protocole de Brazzaville” qui ouvrit ainsi la voie à la paix dans cette partie de la Région, placée depuis 40 ans sous le joug du régime raciste d’Afrique du Sud. La déchéance du système d’apartheid fut aussi celle d’une couronne brisée qui n’honora point les dirigeants racistes de l’Afrique du Sud de l’époque, tout comme la Communauté internationale qui fut taxée d’impuissante face au régime de Pieter Willem Botha.

Sachant scruter les signes d’une grande leçon d’histoire sur la précarité d’un pouvoir, Denis Sassou N’Guesso anticipa sur la création d’un Fonds Africa lors d’une Conférence des Pays non alignés qui se tenait en septembre 1986, à Harare, au Zimbabwe.

Toutes ces actions déclenchèrent à travers le monde des réactions condamnant la politique expansionniste de l’apartheid, ainsi que ses pratiques discriminatoires à l’endroit surtout des populations de race noire. De nombreuses sanctions suivirent ce mouvement mondial. Brazzaville par exemple fût contrainte de suspendre deux vols commerciaux de UTA et de TAP qui lui rapportaient d’énormes dividendes en terme de droits de trafics. C’était donc le prix à payer pour une diplomatie engagée qui donna des fruits, lesquels permirent d’obtenir des résultats significatifs avec comme impact direct : le retrait des troupes sud-africaines et la libération totale de l’Angola; la fin de l’apartheid et l’avènement de la Nouvelle Afrique du Sud multiraciale; la libération de Nelson Mandela, prisonnier historique de 27 ans en captivité ; l’indépendance de la Namibie; la pacification de toute l’Afrique Australe.

Tous ces événements dans lesquels Denis Sassou N’Guesso s’est résolument impliqué ont remis l’histoire en mouvement, en accélérant le processus de renaissance autant de l’Afrique du Sud elle-même devenue multiraciale que celle des pays qu’elle tenait en tenaille, notamment l’Angola et le Mozambique.