Une importante réunion quadrilatérale entre les États-Unis, l'Iran, le Pakistan et le Qatar au complexe hôtelier de luxe Bürgenstock ( Suisse) vise des négociations entre les États-Unis et l'Iran. Elle a  pour objectif, la finalisation du protocole d'accord mettant fin aux hostilités dans le Moyen-Orient. 

Depuis l’année 1979, jamais des négociations n’avaient regroupé dans un seul endroit, américains et iraniens. Cette fois-ci, c’est chose faite: sous la conduite du Premier ministre pakistanais M. Shehbaz Sharif qu’accompagne le chef de l'armée pakistanaise, Marshal Asim Munir, des négociations ont lieu entre la délégation américaine conduite par J.D. Vance, Vice-président des États-Unis et  celle de l’Iran à la tête de laquelle se trouvaient  le ministre iranien des Affaires étrangères iranien, M. Abbas Araghchi et le président du Parlement islamique d'Iran, M. Mohammed Bagher Ghalibaf.

Sous la médiation du Qatar et du Pakistan, ces négociations qualifiées ‘’ d’historiques’’  appellent à "tourner une nouvelle page" dans les relations entre les États-Unis et l’Iran, croit foncièrement le Vice-président américain, J.D. Vance.

Les négociations entre Téhéran et Washington sont délicates mais ne cachent point l’ombre d’un espoir de paix dans le Moyen-Orient qui vient de vivre près de 108 jours de conflits armés tranchants aux conséquences humaines, économiques et énergétiques très dévastatrices. A titre d’exemple, la lourde facture de la guerre pour les États-Unis est évaluée à environ 130 milliards de dollars, alors que les dégâts matériels pour lesquels l’Iran exige réparation aux américains sont de l’ordre de 300 milliards de dollars.
La lecture du mémorandum d’entente sur lequel s’ouvrent les discussions rappelle que les États-Unis demandent aux ‘’dirigeants iraniens de renoncer à leur rôle de facteur d'instabilité régionale, et d’abandonner durablement toute ambition de se doter de l'arme nucléaire’’, selon J.D. Vance, et sans occulter la liberté inconditionnelle sur le détroit d’Ormuz. 

L’Iran dont l’une des premières exigences est de ‘’faire en sorte que le cessez-le-feu tienne au Liban" se trouve dans une position qui lui laisse plus de marge de manœuvre, malgré des pertes matérielles et humaines considérables. 

Plus encore, avec ses 90 millions d’habitants, la force de l’Iran est de s’assoir  sur les plus importantes réserves de pétrole et du gaz au monde. Et cela pèse plus que Israël, l’allié traditionnel des États-Unis. 

‘’ Donald Trump est le seul chef d’État au monde à témoigner de la sympathie envers Israël à l’heure actuelle, et il se trouve être le dirigeant de la superpuissance mondiale’’, a vertement dit J.D. Vance lors d’un point de presse organisé à la Maison Blanche. Et d’enchaîner :’’Si je siégeais au gouvernement israélien, je m’abstiendrais peut-être de m’en prendre au seul allié puissant qu’il nous reste au monde’’, les États-Unis. Une charge plutôt violente, le ton direct et inhabituellement dur pour un vice-président des États-Unis vis-à-vis d’Israël, particulièrement à l’égard de Netanyahou qui aurait été « furieux » ( rapporte Axios) en découvrant le contenu de l’arrangement, qui selon lui, pencherait  bien trop du côté de Téhéran.

Au niveau de l’échiquier politique américain, la  relation avec Israël devient assez ambiguë. Désormais les partisans du MAGA privilégient  davantage les intérêts américains, au-delà d’un apparent antisémitisme tenace qui enflamme un peu plus les désaccords entre la vision israélienne de crises armées dans le Moyen-Orient et celle des États-Unis. Donald Trump lui-même a enfoncé le clou quand il a lâché :

''Ce que j’ai dit c’est que si d’autres pays ont des missiles balistiques, c’est un peu injuste que l’Iran ne puisse pas les avoir. Les missiles balistiques et l’arsenal nucléaire ce n’est pas la même chose’’, a-t-il déclaré, alors que le programme balistique iranien figurait en bonne place parmi les objectifs israëlo-américains contre l’Iran.

Qu’en est-il désormais de la sécurité d’Israël alors que 92% d’israéliens approuvent les frappes israéliennes autant contre l’Iran que contre  le Liban( Hezbollah)?

La question du droit d’Ormuz fait-elle  partie des cartes stratégiques que l’Iran a utilisées pour mettre au pied du mur, les États-Unis ?

Voici la traduction en français de l’accord États-Unis & Iran qui sert de base de négociations, en Suisse :

Mémorandum d’entente d’Islamabad entre les États-Unis et la République islamique d’Iran

1. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran, ainsi que leurs alliés dans la guerre en cours, signent ce mémorandum afin de déclarer la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. Ils s’engagent désormais à ne pas déclencher de guerre ni d’opération militaire l’un contre l’autre, à s’abstenir de toute menace ou usage de la force et à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L’accord final confirmera la cessation permanente de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe.

2. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à respecter mutuellement leur souveraineté et leur intégrité territoriale et à ne pas s’ingérer dans leurs affaires intérieures respectives.

3. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à négocier et conclure un accord final dans un délai maximal de 60 jours, renouvelable d’un commun accord.

4. Immédiatement après la signature du présent mémorandum, les États-Unis commenceront à lever leur blocus naval ainsi que toute perturbation ou entrave visant la République islamique d’Iran, et mettront totalement fin à ce blocus dans un délai de 30 jours. Pendant cette période, le trafic maritime sera progressivement rétabli jusqu’à retrouver les niveaux d’avant-guerre. Les États-Unis s’engagent également à éloigner leurs forces militaires des abords de l’Iran dans les 30 jours suivant l’accord final.

5. Dès la signature du présent mémorandum, la République islamique d’Iran prendra toutes les mesures possibles pour assurer, pendant 60 jours et sans frais, le passage sécurisé des navires commerciaux entre le golfe Persique et la mer d’Oman dans les deux sens. Le trafic commercial reprendra immédiatement. Compte tenu de la nécessité de supprimer les obstacles techniques et militaires et de procéder au déminage, le rétablissement complet interviendra dans les 30 jours. L’Iran engagera un dialogue avec le Sultanat d’Oman afin de définir la future administration et les services maritimes du détroit d’Ormuz, en concertation avec les autres États riverains du golfe Persique et conformément au droit international applicable.

6. Les États-Unis s’engagent, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif d’au moins 300 milliards de dollars américains pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran. Les modalités d’application de ce plan seront finalisées dans le cadre de l’accord final dans un délai de 60 jours. Toutes les licences, dérogations et autorisations nécessaires aux transactions financières concernées seront accordées par les États-Unis.
7. Les États-Unis s’engagent à mettre fin à toutes les formes de sanctions contre la République islamique d’Iran, y compris celles résultant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, des résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, ainsi que toutes les sanctions américaines unilatérales, primaires et secondaires, selon un calendrier qui sera défini dans l’accord final. Les deux parties reconnaissent l’importance cruciale de cette question et expriment leur intention de la traiter immédiatement dans les négociations.

8. La République islamique d’Iran réaffirme qu’elle ne cherchera ni à acquérir ni à développer des armes nucléaires. Les deux parties conviennent de régler la question des stocks de matières enrichies selon un mécanisme qui sera défini d’un commun accord et supervisé par l’AIEA, avec au minimum une dilution sur place de ces matières. Elles conviennent également de discuter de l’enrichissement de l’uranium et des autres questions liées aux besoins nucléaires civils de l’Iran. L’accord final confirmera ces dispositions.

9. Dans l’attente de l’accord final, les États-Unis et l’Iran conviennent de maintenir le statu quo. L’Iran conservera l’état actuel de son programme nucléaire, tandis que les États-Unis n’imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région.

10. Les États-Unis s’engagent à ce que, dès la signature du présent mémorandum et jusqu’à la levée complète des sanctions, le département du Trésor délivre les dérogations nécessaires à l’exportation du pétrole brut iranien, des produits pétroliers et de leurs dérivés, ainsi qu’à tous les services associés, notamment les transactions bancaires, les assurances et le transport.

11. Les États-Unis s’engagent à rendre pleinement disponibles les fonds et avoirs iraniens gelés ou restreints dès l’application du présent mémorandum. Les modalités de leur déblocage seront définies conjointement au cours des négociations. Ces fonds pourront être utilisés librement au profit de tout bénéficiaire désigné par la Banque centrale de la République islamique d’Iran. Les États-Unis délivreront toutes les autorisations nécessaires à cet effet.

12. Les États-Unis et la République islamique d’Iran conviennent de mettre en place un mécanisme exécutif chargé de surveiller la bonne application du présent mémorandum ainsi que le respect futur de l’accord final.

13. Après la signature du présent mémorandum, et sous réserve du début de la mise en œuvre des paragraphes 1, 4, 5, 10 et 11, ainsi que de leur application continue, les États-Unis et l’Iran entameront des négociations portant exclusivement sur les autres dispositions en vue de l’accord final.

14. L’accord final sera approuvé par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies.