Introduction

Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la République du Congo et la République populaire de Chine, le 22 février 1964, la coopération entre les deux pays et les échanges entre leurs peuples n’ont cessé de croître. S’appuyant sur un accord diplomatique basique, cette coopération déjà vieille de 60 ans a gagné tous les domaines d’activités et touché l’ensemble des secteurs de la vie de d’Etat tout comme ceux du privé, avec des relations qui se densifient au jour le jour. Dans la sphère étatique, tout a été impacté par une coopération bilatérale qui couvre divers domaines, notamment les  BTP, les  télécommunications, l’électricité, les mines, l’artisanat, l’Agriculture, la culture sous forme de partenariats Sud-Sud, le tout  fondé sur la solidarité et des avantages réciproques. L’histoire de la construction des infrastructures lourdes au Congo par les sociétés chinoises constitue un des maillons importants de la coopération technique qui lie les deux pays et qui pourrait se résumer en trois séquences.

Première séquence allant de 1964 à 2006

Si l’établissement des relations diplomatiques entre le Congo et la Chine date de l’année 1964, en matière d’infrastructures, ces relations sont bien plus vielles et remontent à l’année 1929, pendant que s’effectuaient les travaux de construction du Chemin de fer Congo Ocean (CFCO). L’histoire nous enseigne qu’à cause des difficultés rencontrées par la société Batignolles, l’arrivée de la main d’œuvre chinoise estimée à 800 hommes semble avoir été déterminante pour l’achèvement du grand chantier de construction du Chemin de Fer Congo Océan 

Un autre signe encourageant est qu’à l’accession du Congo à l’indépendance en 1960 consécutivement à la conférence des Nations afro-asiatiques de Bandung en avril 1955, le Premier ministre chinois Zhou Enlai était le premier à féliciter le Congo et son peuple. Cette  période de prise de contact a été suivie d’une étape de renforcement d’une amitié entre les deux pays, une amitié cimentée du reste par des idéologies sur lesquelles s’alignaient le Parti Communiste Chinois (PCC) et le Parti Congolais du Travail (PCT), deux partis représentant les deux États. Pour le cas du Congo, cette idéologie était incarnée d’une part par le « socialisme bantou » sous la houlette du président Alphonse Massamba Débat et d’autre part le « Marxisme léniniste » mis en œuvre par les présidents Marien Ngouabi et Denis Sassou Nguesso. Clé de voûte du système politique chinois, le communisme en Chine fut conduit par six (6) présidents, à savoir, Liu Shaoqi, Mao Zedong, Ye Jiaying, Li Xiannian, Yang Shangkun et Jiang Zemin.

En matière d’infrastructures, les années 60 et 70 ont été marquées par la construction des premières infrastructures symbolisant la coopération sino-congolaise, à l’instar de l’usine de textile de Kissoundi ; l’hôpital Général 31 juillet d’Owando ; le stade Alphonse Massamba Débat.  Les décennies  1980, 1990 et 2000 ont permis à la coopération sino-congolaise de s’ouvrir aux nouveaux horizons avec le développement des projets d’un type nouveau, notamment  la construction du barrage hydroélectrique de Moukoukoulou en 1979 ; le Palais des congrès de Brazzaville en 1984 ; l’académie militaire Marien Ngouabi qui fut créée par décret 89-959 19 septembre 1986; les activités de l’OFNACOM.

Après les périodes de crise que le Congo a connu au cours de la décennie 1990, la Chine fut l’un des premiers pays à rouvrir son ambassade au Congo. Elle a joué un rôle significatif dans la reconstruction du pays, en encourageant ses multinationales à s’établir au Congo. Des contrats et des prêts provenant de Pékin ont été accordés à l’Etat congolais. On note aussi la montée des initiatives privées des expatriés chinois devenus très actifs dans  les marchés de l’Etat. C’est à partir de cette période que les deux parties ont commencé à intensifier leur coopération économique.

Deuxième Séquence allant de 2006 à 2016

S’appuyant sur le maillage du Congo en infrastructures, cette coopération s’est déroulée dans un contexte politique et stratégique marqué par des faits majeurs.

Côté congolais, tout commence en 2002 où, après une transition consensuelle, le peuple congolais plébiscitait Denis Sassou Nguesso comme Président, à l’issue d’une élection présidentielle sur la base d’un programme septennal dénommé La Nouvelle espérance, un projet structuré  en 12 engagements.

L’engagement n°4 de ce programme dévoilait la volonté du Président Denis Sassou N’Guesso de doter le pays en infrastructures de base viables tant pour le désenclavement que pour le transit, conformément à la position géographique stratégique du Congo, au plan sous régional.

Côté chinois, les politiques d’ouverture à l’internationale initiées par le président Jiang Zemin entre 1993 et 2003 et son successeurs, Hu Jintao entre 2003 et 2013 ont amplifié les relations entre la Chine et les autres pays  monde. Elles ont  été le déclencheur d’une nouvelle diplomatie à résonance économique entre Beijing et Brazzaville, en ce qui concerne le Congo et la Chine. Et c’est dans ce contexte que les deux pays signeront un  important protocole d’accord connu sous le vocable de Partenariat Stratégique Congo- Chine, le 19 juin 2006, à Brazzaville. Avec cet accord qui marque l’âge d’or des relations diplomatiques Congo-Chine, la coopération technique sino-congolaise gagnera en importance avec plusieurs chantiers d’envergure sortis de terre et qui ont changé la physionomie du territoire congolais désormais doté en infrastructures de bases. Le Partenariat Stratégique Congo-Chine est l’un des plus importants partenariats de ce genre signés par la Chine sur le continent africain et dans le monde. Il aura permis de mettre en œuvre une première gamme de projets tests en vue d’une  relance efficiente de la coopération technique entre le Congo et la Chine. L’objectif était de mailler l’ensemble du territoire en infrastructures afin de permettre la circulation des personnes et des biens. A ce propos, plusieurs projets ont été développés, à savoir, la route Pointe-Noire-Brazzaville; le barrage hydroélectrique d’Imboulou ; les lignes associées au barrage ; la première phase de la Couverture nationale en télécommunication ; la route Obouya-Boundji-Okoyo - frontière du Gabon; la route Owando-Makoua ; la route Makoua-Mambili-Ouesso ; la modernisation des installations terminales de Maya-Maya ; l’hôpital général spécialisé d’Oyo ; la route Makoua – Etoumbi; la route Keta-Souanké – Ntam - Frontière du Cameroun; le barrage hydroélectrique de Liouesso; la réhabilitation et l’extension de l’usine d’eau de Djiri ; les logements modernes des camps Mpila ; la grande bibliothèque universitaire ; les installations terminales d’Ollombo ; le siège de la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BCSA) à Brazzaville ; l’école des métiers du BTP à Kintélé ; l’école des métiers d’Oyo.

L’arrivée aux affaires du Président Xi Jinping en 2013 et l’implémentation des initiatives ont été des faits majeurs qui ont boosté la coopération sino-congolaise avec des programmes comme l’initiative de la Ceinture et la route; l’initiative pour le développement mondial. Tous ces projets développés grâce à une  coopération renforcée entre la Chine et le Congo participent à la diversification de l’économie congolaise. Certains d’entre eux sont mis en concession, à savoir : la route Pointe-Noire – Brazzaville gérée par La Congolaise des routes (LCR), Consortium composé d’Egis et CSCE ; les aéroports internationaux de Maya-Maya, Pointe-Noire et Ollombo par AERCO. Il en est de même pour les barrages d’Imboulou, de Moukoulou et de Liouesso.

Une autre catégorie de projets fait l’objet d’une gestion étatique au sein de la Société d’exploitation et de développement des infrastructures (SEDIC). Il s’agit des structures suivantes : les Tours jumelles de Mpila ; le Centre commercial Brazza-Mall ; le Centre international des conférences de Kintélé ; le développement immobilier de Mpila composé de plus de 1000 logements.

Troisième Séquence allant de 2016 à nos jours

La visite d’Etat du Président Denis Sassou N’Guesso en Chine en juillet 2016, après sa réélection en mars 2016 et la réélection du Président Xi Jinping deux ans après, ont été deux événements majeurs pour l’approfondissement des relations de coopération Congo-Chine. Dans la dizaine d’accords signés entre les deux pays, figure celui qui élève le Partenariat Stratégique en Partenariat Stratégique Global. Cela sous-entend la généralisation de la coopération dans plusieurs secteurs de la vie active.

Depuis lors, même les crises économiques et sanitaires qui ont meublé la sphère mondiale n’ont pas entamé le lien d’amitié entre les deux pays et leurs peuples. Actuellement, et au bénéfice de ce Partenariat Stratégique Global signé entre les deux pays en 2016, une autre série de projets de développement ont vu le jour ou sont en instance de démarrage. Il s’agit des projets de réhabilitation du Chemin de Fer Congo Océan ; de digitalisation de la radio et la télévision nationales ; de mise en œuvre de la troisième phase de la couverture nationale en télécommunication; de construction de la route Dolisie-Kibangou frontière du Gabon et du centre de maintenance des aéronefs de Brazzaville ; de construction de la grande Direction des examens et concours ; de l’acquisition des aéronefs ARJ-21.

La construction des infrastructures par les sociétés chinoises au Congo ont impacté nombre de secteurs de vie nationale 

En quelques décennies seulement, la coopération avec la Chine a pris en volume, devenant ainsi un incontournable partenaire de développement implanté de façon durable sur le continent. La Chine est certes poussée par ses immenses besoins économiques mais elle s’est  engagée de façon résolue dans la construction d’un partenariat Sud-Sud.

 Selon les tenants de l’approche de "l’impact bénéfique", la structure des investissements chinois confirme son statut de grand partenaire au développement. Car premièrement, ce sont les investissements chinois qui expliquent en majeure partie le taux de croissance élevé dans plusieurs pays africains comme le Congo Brazzaville. Cette croissance est due à l’augmentation des exportations vers la Chine et à la hausse de la croissance mondiale soutenue par la Chine. 

Dans une seconde hypothèse, il faut remarquer que les investissements chinois ne se sont pas portés uniquement sur les matières premières comme le pétrole, mais ils sont aussi orientés vers des secteurs générateurs de développement, notamment ceux des infrastructures, des télécoms, du textile, du tourisme, de l’industrie alimentaire. 

 Comme on le voit, la coopération chinoise s’est ’’socialisée ´´ depuis ces dix dernières années. Plusieurs acteurs sociaux congolais participent aux côtés  des sociétés chinoises en vue de  développer des projets communs, surtout dans le domaine du bâtiment. Cela se vérifie facilement dans les grands villes du Congo.

Conclusion 

La coopération avec la Chine est à la fois bénéfique et gagnante pour le Congo. Elle a permis à l’économie congolaise d’aller de l’avant en contribuant dynamiquement à la diversification de l’économie nationale. Grace aux entreprises chinoises, le Congo a réussi le pari de s’ouvrir à deux pays voisins, le Gabon et le Cameroun, par la construction d’infrastructures routières. De même, l’essentiel des infrastructures construites ces dernières années au Congo, notamment les bâtiments, les ponts et chaussées, les lignes de  production et de transport d’énergie, le déploiement de la fibre optique, sont l’œuvre de l’expertise chinoise. L’appui au développement du Congo par la Chine s’est aussi matérialisé par la construction d’une route lourde devenue la dorsale principale du pays reliant Pointe-Noire à Ouesso, via Brazzaville, en dehors de quelques bretelles Ouest et Est déjà opérationnelles. Les BTP et la fibre optique ont été construits à plus de 80% grâce à l’aide des entreprises chinoises. Il en sera de même pour la bretelle Ouesso-Impfondo longue de 220km. En clair, c’est le domaine des infrastructures qui pèse le plus dans cette coopération sino-congolaise traduite à travers le Partenariat Stratégique Global.

La participation des entreprises chinoises dans le processus de municipalisation accélérée, notamment dans la réalisation des voiries urbaines est aussi une illustration frappante. Ainsi, l’aide chinoise s’inscrit plutôt dans une dynamique de complémentarité que dans la concurrence à l’aide traditionnelle, tant du point de vue sectoriel que géographique. L’aide chinoise est venue pallier un manque dans plusieurs secteurs hier délaissés par les donneurs traditionnels.