‘’ En matière de défense, la Chine exprime de plus en plus sa volonté de participer à l’élaboration d’une gouvernance internationale selon ses principes…’’

 

Introduction

En débutant cet exposé, je voudrais évoquer les sources utilisées. Il est évident que je ne pouvais, pour des raisons très compréhensibles, utiliser des données officielles. Il m’a donc fallu puiser dans la « littérature ouverte », dans des documents accessibles au grand public, avec toute la marge d’incertitude que comporte le recours à ce type de sources. Je vais donc m’efforcer de faire une « photographie » des forces militaires chinoises actuelles.

Depuis les années 1990, la Chine a professionnalisé ses forces et constamment cherché à les moderniser. Elle a amélioré leur efficacité dans tous les domaines des opérations modernes et accru ses capacités dans les domaines terrestre, naval, aérien aussi bien que dans les domaines nucléaire, spatial, de guerre électronique et du cyberespace. Ceci répond à l’objectif fixé par le président Xi JinPing en 2017 : « faire de l’armée chinoise une armée de classe mondiale à l’horizon 2050 ». Pour y parvenir, Pékin ne lésine pas sur les moyens. Selon un rapport du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), en l’an 2022, 296 milliard de dollars ont été  consacrés au budget de la Défense, en augmentation de 6% par rapport à l’année précédente. Cela représente 12% des dépenses militaires dans le monde. A grands traits et avec la réserve énoncée dans l’introduction, je me propose de présenter les principales composantes de l’APL d’un double point de vue quantitatif et qualitatif.

L’Armée de terre

Les forces terrestres chinoises constituent 70 % de l’ensemble des effectifs militaires. Leur réduction d’effectifs a entraîné une reconfiguration des forces autour d’unités plus petites comme la brigade et la disparition de plusieurs divisions afin de promouvoir l’entraînement conjoint des troupes et en vue de la préparation d’opérations amphibies. Elles continuent de moderniser leurs équipements et mettent l’accent sur l’entraînement interarmes et interarmées, ce qui correspond aux standards d’armées de classe mondiale.

Les chiffres caractéristiques la concernant sont les suivants :

- Effectifs globaux : 1.000.000;

- 82 brigades interarmes;

- 50 brigades spécialisées (artillerie, aviation légères, forces spéciales et aéroportées);

- 4.200 chars, 7.600 pièces d’artillerie, 1.000 hélicoptères.

Il est difficile de porter un jugement sur la valeur des forces terrestres chinoises, car on ne les a pas observées au combat de haute intensité. Au plan matériel, elles utilisent toujours un mélange d’équipements militaires modernes et anciens et au plan tactique, bien que conduite à marche forcée, l’intégration interarmes et interarmées est encore lente.

Il est à noter que forces spéciales chinoises ne disposent pas d’un commandement spécifique dédié à leurs opérations bien que l’accent soit mis sur la conduite d’un entraînement interarmées, les commandants de théâtre d’opération n’ont aucune autorité sur ces unités, ce qui rend difficile leur intégration dans la manœuvre globale.

La Marine

La croissance de la marine chinoise depuis deux décennies est impressionnante. Elle a pour objectif d’atteindre à terme la parité stratégique avec les États-Unis. Cette croissance est d’autant plus remarquable que, jusqu’au début des années 2000, les bâtiments étaient en nombre limité, et pour la plupart vétustes.

Actuellement, s’appuyant sur de puissants chantiers de construction navale, le rythme de construction équivaut, en tonnage, à « une marine française » tous les quatre ans. Le budget naval chinois a ainsi été multiplié par huit en moins de 20 ans. Sur le plan opérationnel, la marine chinoise a le double objectif de « sanctuariser » la mer de Chine du Sud et de l’Est, et de sécuriser les échanges et les intérêts chinois à l’échelle mondiale, notamment dans le cadre des « nouvelles routes de la soie ».

La marine militaire chinoise a d’ores et déjà dépassé en nombre de bâtiments de surface et de sous-marins, la marine américaine. Mais malgré la multiplication des unités de fort tonnage, elle reste encore inférieure à celle des États-Unis en matière de puissance de feu notamment, avec trois porte-avions contre douze américains actuellement.

Un inventaire qui ne peut être qu’approximatif crédite la marine chinoise de :

- 3 porte-avions (le dernier effectue actuellement ses essais à la mer) et le 4e est d’ores et déjà en chantier;

- 80 bâtiments de 1er rang (porte-hélicoptères, bateaux d’assaut amphibie, croiseurs, destroyers);

- 210 bateaux de 2e rang (frégates, corvettes);

- 6 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins;

- 50 sous-marins d’attaque dont 9 SNA

Parallèlement, elle se dote d’une Infanterie de Marine (ou Corps de Marines) spécialisée dans les opérations amphibies capable à terme d’une vraie projection de puissance.

Il faut ajouter que cette marine dispose du double soutien des garde-côtes forts de plus de 1.250 navires et la Milice maritime, marine de pêche érigée en sorte de force paramilitaire utilisée pour le renseignement et les actions hybrides.

Au plan qualitatif, en progression régulière rapide, la marine chinoise dispose toutefois d’un savoir-faire opérationnel encore limité dans certains domaines et ses porte-avions n’ont jamais été en situation opérationnelle réelle. Enfin, pour ses déploiements hors de la mer de Chine, elle ne peut encore compter que sur un soutien logistique limité, même si le développement de points d’appui semble être une priorité.

L’Armée de l’Air

L’Armée de l’Air chinoise (à laquelle il faut ajouter les avions de l’Aéronavale), constitue la 1ère force aérienne de la région et la 3e du monde avec plus de 2900 aéronefs (sans compter les avions d’entrainement). Elle comporte des chasseurs, des bombardiers stratégiques et tactiques, des avions de reconnaissance et de transport. L’armée de l’air dispose d’une force de drones et d’une défense anti-missile possédant des armements les plus perfectionnés. Elle est généralement créditée de 1900 avions de chasse de tous types, 500 avions de bombardement (stratégiques et tactiques) et 500 avions de transport. Les analystes les mieux informés reconnaissent la modernisation rapide de l’armée de l’air chinoise mais signalent un entraînement encore en retard sur celui des armées de l’air occidentales.

La Force de missiles (PLA Rocket Force)

On connait bien entendu peu de choses sur cette force. On sait néanmoins qu’elle regroupe aussi bien de missiles tactiques que de missiles stratégiques, des missiles à charge conventionnelle et des missiles à charge nucléaire. Les missiles tactiques sont vraisemblablement à charge conventionnelle, ils sont destinés à détruire des cibles sur les théâtres d’opérations. Ont été identifiés récemment des missiles antinavires d’une portée de 2.000 km. Les missiles stratégiques sont à charge nucléaire ou conventionnelle. (voir le § « Forces nucléaires »).

Puisqu’à propos de la Force de missiles, les moyens nucléaires ont été abordés, on peut dire qu’ils ne constituent pas une force en elle-même. Le peu que l’on sache sur eux est qu’ils sont constitués de ce qu’il est convenu d’appeler une « triade », c’est-à-dire de forces terrestres (missiles sur véhicules ou en silo), de forces aériennes (bombardiers stratégiques), et de forces navales (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins). Les observateurs militaires les plus avertis et le SIPRI prêtent à la Chine environ 500 têtes nucléaires ce qui représente à peu près 20 % de chacun des arsenaux américains et russes. Pour ce qui concerne la portée des missiles, la seule source ouverte disponible est le « Rapport 2023 au Congrès des Etats-Unis sur les aspects militaires et de sécurité de la République Populaire de Chine ». Selon ce rapport, les missiles intercontinentaux chinois pourraient avoir une portée allant jusqu’à 13.000 kilomètres, ce qui couvre le Nord du continent américain, l’Europe.

La force de soutien stratégique

La création de la force interarmées de soutien stratégique résulte de l’exigence de commandement conjoint des forces armées. La mission de cette force est de préparer et de conduire les missions en matière d’espace, de cyberespace, d’information, de communication et de guerre psychologique, ainsi que, plus classiquement, de logistique au niveau interarmées.

Très récemment, le 20 avril dernier, elles viennent d’être restructurées et éclatées en trois forces distinctes, chacune d’elle étant dédiée : à espace pour la première, au cyberespace et au renseignement pour la deuxième, et à la communication et la guerre psychologique pour la troisième. Elles sont présentées comme pouvant aider à "gagner les guerres modernes". Cette force de soutien à l'information ("Information Support Force est une "branche stratégique" des forces armées).

La Force interarmées de soutien logistique (JLSF) concentre ses efforts sur l’amélioration de l’efficacité de la logistique au niveau stratégique. Elle s’appuie sur des modes de transports multimodaux (terrestres, maritimes et aériens) pour assurer les projections des forces, des équipements et des approvisionnements de l’APL.

La Force de Réserve

La Force de réserve de l’APL est composée d’environ 510.000 personnels subordonnés aux trois armées. Sa mission principale est de renforcer les forces d’active, alors que sa mission secondaire est d’aider en cas de catastrophe naturelle ou de maintenir l’ordre social.

Implications internationales de l’APL

Djibouti seule base militaire chinoise

C'est à Djibouti que se situe la seule base militaire permanente de la Chine en dehors de ses frontières. Inaugurée en 2017, elle est une illustration de la montée en puissance de la Chine dans une région autrefois dominée par les Occidentaux. Déjà, on parle de nouvelles bases militaires chinoises au Cambodge (des bâtiments chinois auraient fait escale récemment à Réam), au Sri Lanka, au Pakistan, en Guinée Equatoriale ou encore en Namibie.

Contributions Onusiennes et multinationales

ONU

La Chine participe à des nombreuses opérations sous mandat de l’ONU. Elle est devenue l’un des principaux contributeurs en personnel aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, et le premier parmi les membres permanents du Conseil de sécurité. Elle exprime ainsi sa volonté de participer à l’élaboration d’une gouvernance internationale selon ses principes, en même temps qu’elle confirme ses choix diplomatiques, en particulier en Afrique.

Selon le site des Nations Unies, elle participe à 5 missions sur les 11 en cours (les chiffres sont du 1er janvier 2024). Elle participe à hauteur de 1.845 personnels sur un total de 63.821 pour les 11 missions en cours. Cela représente 2,9 % des effectifs totaux. Cette contribution peut paraître modeste mais elle témoigne de la volonté de la Chine de remplir ses obligations de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, de montrer que l’APL est capable de porter les armes hors de son propre territoire pour le maintien de la paix international.

Autre opération multinationale

Il est à noter que la marine chinoise participe aux côtés de l’OTAN à la lutte contre la piraterie au large de la Somalie. Ce rôle est limité aux seuls intérêts chinois et n'a pas une universalité d'application comme c'est le cas des marines occidentales. En effet, elle ne collabore en rien à la sécurisation de la Mer Rouge où ses navires de commerce ne sont pas menacés par les Houthis.

En conclusion

Peu d’informations sont disponibles sur la capacité opérationnelle de ces forces. Trois indices tout de même :

- elles ont une réelle capacité d'évacuation de leurs ressortissants (Libye en 2011, Yémen en 2015);

- La Marine chinoise a clairement évolué d’un marine côtière à une marine hauturière, fréquentant des mers qui lui étaient inconnues jusqu’à un passé encore récent;
- Les pilotes de chasse sont capables de manœuvres audacieuses dans le cadre de ce que la Chine estime être son espace aérien. Ils l’ont démontré à propos de Taïwan. Par ailleurs, c’est un truisme que d’affirmer que les forces armées chinoises sont au service des intérêts de puissance de l’Etat chinois. Cela a été confirmé le 8 septembre 2023 par le Président Xi Jinping lors d’une visite au 78e Groupe d’armées. Il a appelé, je cite, « à un renforcement complet de la préparation au combat des troupes. Il les a également exhorté « à des efforts visant à améliorer le niveau de préparation au combat… à renforcer la cohésion au sein du Parti, à maintenir un haut niveau d’intégrité et d’unité, et de veiller à ce que l’armée reste un élément de stabilité et de sécurité », fin de citation. En résumé, l’APL monte régulièrement en puissance et contribue à la stratégie d’influence de la Chine dans le monde.