"La relation sino-africaine montre qu’une solidarité de fait nous lie tous les uns aux autres et elle permet de reconnaître les effets positifs de ces interdépendances pour l’humanité tout entière"
Évoquer un Ordre international juste et équitable suppose q’il faut partir du contexte d’un nouvel ordre économique international. Ce concept qui a pris naissance à partir des années 1960 a été formulé par les pays du tiers-monde qui revendiquaient le droit pour leurs peuples à vivre décemment en matière de relations économiques. L’objectif était de permettre aux États les plus fragiles de bénéficier de certains avantages qui pouvaient leur permettre de se mettre au même diapason que les États appelés pays développés. Le but poursuivi par ces États du tiers-monde était de faire évoluer le système commercial dans un sens favorable au développement inclusif afin d’acquérir l’indépendance économique après avoir obtenu de haute lutte l’indépendance politique.
On peut noter trois revendications principales: la première concernait le droit d’accéder aux nouvelles technologies, sans l’obligation de payer le droit de brevets de recherche qui était considéré comme un handicap majeur lorsqu’on voulait faire la promotion de la recherche. Ce veto sur le brevet bloquait l’épanouissement économique des jeunes États du tiers-monde. La deuxième revendication était le droit d’exporter sous franchise douanière et de pouvoir se protéger de l’importation, bien entendu que le commerce était difficile à cette époque et ce, malgré la présence de l’Organisation Mondial du Commerce. Ces États du tiers-monde subissaient le dictat des produits venus de l’extérieur parce que les règles de jeu du commerce international ne semblaient pas être équitables.
La troisième revendication concerne l’assurance d’obtenir des prêts à long terme et à faible taux d’intérêt. Malheureusement, les revendications des pays du Sud s’étaient soldés par un échec. La situation n’a pas évolué non plus jusqu’en 1990. Ces revendications sont demeurées les mêmes jusqu’en 2000.
Finalement comme un phénix, cette revendication va renaître avec ce que nous pouvons appeler le Nouvel Ordre mondial international juste et équitable. Et cela va se traduire avec l’entrée sur la scène internationale de la Chine populaire. Il va donc se développer à partir de la coopération avec la Chine un partenariat dit win-win ( gagnant -gagnant) qui prendra corps à partir des années 2000. Et le président Xi JinPing qui était intervenu à Johannesburg lors du Forum Chine-Afrique jeta donc les bases de ce « partenariat juste et équitable » lorsqu’il déclarait, je cite:
« actuellement, notre monde connaît de profonds bouleversements, la mondialisation économique et l’informatisation de la société en développement ont libéré les forces productives de manière considérable. Nous nous trouvons face à des opportunités de développement sans précédent », du fait que la politique chinoise qui a évolué depuis l’année 1960 à l’année 2000 a connu les mêmes difficultés de développement et a pu faire asseoir son économie et s’est retrouvé face à plusieurs opportunités, surtout dans ses relations avec l’Afrique.
Avec l’Afrique, rappelait-il, la Chine a adhéré au principe de sincérité et de pragmatisme, de fraternité et de franchise, et s’en tient à une juste conception de la justice et de bénéfice. Il s’agit d’un enjeu majeur pour le partenariat et le développement d’un certain nombre de pays.
Pour la Chine, sous le règne de Xi JinPing, l’enchaînement des évènements souvent conflictuels, intra étatiques et extra étatiques à travers le monde semble être la cause du déséquilibre constaté au niveau de l’industrie et de l’économie. Une situation qui a accru la pauvreté qui était déjà endémique surtout au niveau des pays du Sud. Ce cas de fait est en permanence source de conflits et justifie le manque de paix dans le monde.
L’initiative de mettre en place un partenariat juste et équitable avec les autres pays paraissait comme la solution idoine pour freiner cette dérive. Prenant fait et cause pour ce partenariat juste et équitable, la Chine a développé une stratégie pour un destin commun entre la Chine et l’Afrique. Et lors de sa visite à Brazzaville, en 2013, le président Xi JinPing soulignait, je cite : « la Chine et l’Afrique ont toujours connu une communauté de destin et le développement de la Chine devrait être accompagné par le celui de l’Afrique » tout entière.
Quelle est la particularité des relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique ?
À l’image du droit international public, une relation diplomatique a plusieurs fonctions que l’on peut résumer en deux : la fonction libérale et la fonction providentielle. Au titre de la fonction libérale, la relation diplomatique participe à la régulation de la coexistence mais aussi de la coopération des États et d’autres acteurs appelés sujets internationaux. Cette fonction s’organise autour des principes de respect de la souveraineté étatique, de la personnalité, de l’égalité des états et de leur neutralité à l’égard des régimes politiques internes que caractérise le célèbre principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’un État. C’est bien le principe de la coexistence pacifique.
La fonction libérale fait référence à plus de 3/4 des dispositions de la charte des Nations unies. Elle demeure donc une finalité du droit international contemporain, basé sur la représentation classique d’une société internationale où les États sont encore considérés comme jouant un rôle primordial. À côté, il y a la fonction providentielle qui consiste à promouvoir le co-développement. Et c’est cette deuxième fonction que privilégie la Chine par rapport à ses relations avec l’Afrique.
Les contours de l’amitié entre l’Afrique et la Chine
L’année 2000 annonçait l’entrée de l’Afrique dans le 21 ème siècle aussi appelé siècle de la renaissance africaine. C’est le siècle du développement mutuel et d’amitié entre l’Afrique et la Chine. Un instrument de coopération va être mis en place, en vue de consolider ces relations. Il s’agit du Forum de coopération Afrique-Chine (FOCAC) dont nous célébrons cette année le 24 ème anniversaire. Sa co-présidence se fait de façon partagée entre l’Afrique et la Chine et par alternance pour les pays africains. Le Sénégal a co-présidé le forum de coopération Afrique-Chine jusqu’à cette année 2024, soit 6 ans, et d’après le nouveau format, le mandat à la tête du FOCAC sera de 3 ans. Le Congo a postulé à la présidence du FOCAC à partir de cette année. Nous souhaitons bénéficier du soutien de tous les pays d’Afrique centrale pour que le Congo prenne cette présidence.
Comment se caractérise ce nouvel Ordre mondial juste et équitable avec le Forum de coopération Afrique–Chine?
Depuis plus de 20 ans, le FOCAC a créé un nouveau modèle de coopération amicale et de développement commun entre les pays en développement. Il a placé les relations entre la Chine et l’Afrique sur la voie d’un développement institutionnalisé en passant par de nouveaux types de partenariats.
On est parti sur un nouveau type de partenariat à un autre nouveau type de partenariat stratégique, puis aujourd’hui l’avènement d’un Partenariat stratégique global. C’est ce type de partenariat qui lie désormais la République du Congo à la République Populaire de Chine.
L’objectif de ce type de partenariat consiste à construire ensemble entre la Chine et l’Afrique, au-delà du Congo, une communauté de destins communs à long terme. C’est ce que le Président XI JinPing avait déclaré lors de son passage à Brazzaville.
Comment cela se traduit-il en terme de construction d’infrastructures ?
Entre 2000 et 2020, le développement des infrastructures sous les auspices de la Chine est allé au-delà même de ce que l’Afrique a obtenu comme infrastructures entre 1960 et 2000, avec d’autres partenaires. En 20 ans, les infrastructures nées de la coopération Chine-Afrique sont de très loin supérieures à celles engrangées pendant 40 ans, dans la période qui a suivi juste les indépendances des pays africains. Concrètement, on note que la Chine a aidé à la construction de 270 projets d’envergure dans 51 pays africains représentant le 1/4 du montant total d’aide chinoise à l’Afrique. Les dernières données de janvier 2021 montrent que la Chine a aidé l’Afrique à construire plus de 6000 km de voies ferrées, 6000 km de routes, près de 20 ports maritimes et 80 centrales électriques. Il faut rappeler ici l’importance de l’énergie dans le développement des économies des peuples des pays d’Afrique. Les infrastructures construites par la Chine en Afrique couvrent principalement les ponts, les routes, d’où le thème développé ici même sur « l’unité du territoire ». Une façon de favoriser le brassage des populations et d’accélérer le développement des voies de communication comme c’est le cas au Congo où plusieurs infrastructures portent l’empreinte de la Chine, fruit d’une amitié qui dure.
Aujourd’hui, en une journée, on peut partir de la frontière du Cabinda ( Angola) jusqu’à la frontière du Cameroun, par une autre route lourde qui permet de faire cette jonction en moins de 24 heures.
Et l’ensemble du territoire congolais est ainsi maillé en ouvrages d’art, en route lourde grâce à la coopération Congo-Chine. Une seule exception de non connection, c’est le département de la Likouala qui est situé dans la partie nord du Congo et qui attend la construction imminente d’un long pont sur le fleuve Sangha. Grâce à la coopération Chine - Congo, nous aurons ainsi réussi à désenclaver totalement le Congo et le relier par une route lourde avec l’ensemble des pays limitrophes ou frontaliers. C’est déjà le cas avec l’Angola par la route, ainsi que le Gabon le Cameroun, et bien sûr avec la République Démocratique du Congo dès que le pont route-rail, projet d’intégration africaine, va être construit et achevé. Il restera juste le défi avec le corridor 13 qui reliera le Congo à la République Centrafricaine.
À la fin de toutes ces réalisations, nous aurons réussi non seulement l’intégration sous régionale, mais aussi l’unicité de l’Afrique centrale à partir des pays frontaliers au Congo, un pays dit de transit. Toutes ces raisons nous donnent de croire que le Congo est sur le chemin du développement économique local et sous régional.
En matière du commerce sino-africain, des investissements consentis dans ce secteur ont permis de noter une nette augmentation des échanges. En l’an 2000 le volume des échanges commerciaux sino- africains avait dépassé pour la première fois plus de 10 milliards de dollars, alors qu’en 2019 ces investissements commerciaux ont atteint deux cents milliards de dollars US, soit 20 fois plus. Et en terme d’investissements directs de la Chine, en 2019 ils ont dépassé 49,1 milliards, soit 100 fois ceux de l’année 2000 où ils étaient autour de 0,4.
La Chine est donc devenue l’un des plus grands partenaires commerciaux d’Afrique pendant 11 années consécutives et le niveau d’investissement direct, a atteint 110 milliards de dollars contribuant ainsi à 20% de la croissance économique de l’Afrique pendant de nombreuses années.
Il faut bien noter que les investissements chinois en Afrique n’ont pas été influencés par la pandémie de Covid-19 qui a pourtant bousculé les équilibres macro-économiques du monde, à partir de 2020.
En terme de gain économique, les pays africains ont pu connaître une croissance rapide du fait de ces partenariats diversifiés, au point d’être devenus une des régions les plus dynamiques au monde avec un taux de croissance qui oscille entre 5 % et 12%. Il est même arrivé que ces pays africains soient parvenus de façon groupée à avoir une croissance à deux chiffres. Ainsi parmi les 10 pays du monde à la croissance rapide, on note 6 pays africains.
L’essor économique de l’Afrique est imputable à l’excellent appui économique et stratégique de la Chine. La Chine a donc permis à l’Afrique de se faire une place honorable, bien qu’insuffisante, au sein du commerce mondial et elle contribue au désenclavement économique du continent africain. Par l’entremise de cette politique du co-développement, la Chine réussit à concilier justice et rentabilité économique. Le président Xi JinPing a d’ailleurs affirmé que la plus grande justice dans les relations sino-africaines consiste à faire accompagner le développement africain par le développement chinois. L’objectif est de réaliser des avantages réciproques et un développement mutuellement partagé. Ce qu’il faut encore noter, c’est qu’à la création du Forum de coopération Chine- Afrique un nouveau type de relations Sud-Sud s’est finalement mis en place. La Chine, qui n’accepte jamais d’être classée parmi les pays développés continue à se considérer comme pays sous-développés, malgré sa puissance économique, militaire, aéronavale et certainement nucléaire. Ce qui lui permet par jeu de traction, de tirer vers le développement et le progrès industriel, les autres pays avec lesquels elle se trouve dans cette boucle de Partenariat stratégique global. Il s’agit de poser les fondamentaux d’une relation non pas seulement équitable mais égale.
En conclusion, les relations sino-africaines sont la preuve que les relations internationales peuvent être saisies sous l’angle de la bienveillance. C’est l’originalité des relations entre la Chine et l’Afrique qui ne se cantonnent ni dans la neutralité, ni dans l’hégémonie. La relation entre l’Afrique et la Chine se retrouve dans plusieurs sphères diplomatiques souvent à travers les commémorations. Dans sa pratique, elle promeut la non nuisance, la tempérance ou l’attention à l’égard des États les plus vulnérables. La relation sino-africaine montre qu’une solidarité de fait nous lie tous les uns aux autres et elle permet de reconnaître les effets positifs de ces interdépendances pour l’humanité tout entière. Ce qui reste à faire, comme cela se profile autour de la zone de libre-échange économique africaine, c’est de faire en sorte que grâce à cet instrument, l’Afrique réussisse à relever son économie, à développer des échanges équitables qui vont lui permettre de discuter d’égal à égal avec l’ensemble des partenaires du monde. Oui, l’Afrique n’est pas simplement le réceptacle ou le receveur de la coopération Chine Afrique, mais elle progresse vers la maîtrise de son développement à travers sa politique de développement inscrite au fronton de la Zone de libre échange continentale africaine ( ZLECAF), un instrument de commerce en droits préférentiels, de développement économique et d’ouverture de l’Afrique vers le reste du monde.

