S’il y a une évidence, c’est que le président Denis Sassou N’Guesso, vient de prouver par l’entremise de sa récente visite d’Etat à Moscou (avril 2026) auprès de son homologue russe, Vladimir Poutine, que son pays le Congo B joue un rôle stratégique sur les plans sécuritaire et énergétique en Afrique centrale.
Dans un contexte international marqué par une accélération des recompositions stratégiques, des rivalités systémiques et des mutations profondes de l’ordre mondial, le rapprochement de deux États qui privilégient le renforcement de leurs relations bilatérales et la quête d’une multipolarité dans l’espace monde est essentiel pour leurs peuples.
C’est avec intérêt que les deux hommes d’État envisagent la possibilité de collaboration économique et stratégique autour des grandes transformations géopolitiques contemporaines, notamment les questions relatives à la multipolarité, aux crises régionales, à la fragmentation géoéconomique, aux enjeux énergétiques et aux nouvelles architectures de sécurité internationale.
Ainsi, la nouvelle configuration des relations de coopération entre le Congo Brazzaville et la Russie se donne à lire à travers la co-responsabilité, le leadership engagé et éclairé qu’incarnent deux dirigeants qui entendent jouer un rôle majeur autant dans les politiques publiques internes de leurs pays que dans le développement des relations internationales. Vladimir Poutine pour la Russie, Denis Sassou N’Guesso pour le Congo Brazzaville forment un binôme qui se bat certes pour un monde multipolaire, mais aussi pour la défense des droits et la souveraineté de leurs pays. Souvent pensée en termes bilatéraux et stratégiques, la coopération entre le Congo et la Russie qui date de 1964 se structure en périodes qui, somme toute, résument la convergence de vues tant sur les plans économique, sécuritaire, politique ou diplomatique que sur le multilatéralisme. Ce qui explique des étapes clés comme la visite d’Etat du président Denis Sassou N’Guesso en Russie auprès de son homologue Vladimir Poutine en juin 2024; la réception du chef de la diplomatie russe, M. Serguï Lavrov, à Oyo au Congo; la récente visite officielle en Russie du président congolais Denis Sassou N’Guesso, fraîchement réélu, pour renforcer les accords stratégiques et célébrer leur mémoire historique commune.
L’histoire renseigne que la Russie a de tout temps joué un rôle majeur dans la libération ou l’appui économique de plusieurs nations, à l’image de la France dont 30.000 russes et soviétiques (sur 135.000 envoyés en France) s’engagèrent dans la résistance pour la Libération de la France en 1942, contre l’occupation nazis. La Russie sous l’URSS a aussi été championne de la lutte anticoloniale en soutenant les processus de décolonisation ayant permis de soustraire plusieurs pays en voie de développement de l’influence des anciens colonisateurs, autour des années 1960.
La formation des Etats-nations et la restauration des civilisations (broyées par les guerres coloniales) de ces pays devenus indépendants auraient permis la mise en œuvre des principes idéologiques et culturels assimilés à une modernité tels que le progrès social, le développement, la formation et l’éducation qui permirent de sceller des relations diplomatiques avec plusieurs pays dont le Congo Brazzaville en 1964. C’est dans cette droite ligne que se poursuivent les relations bilatérales entre la Russie d’aujourd’hui et le Congo qui amorce sa phase de modernisation. Ainsi, au-delà du domaine de la défense, la récente visite d’Etat du président congolais en Russie a mis un accent particulier sur l’énergie et les hydrocarbures, le numérique et l’innovation, l’éducation et la culture.
L’énergie, un secteur clé du développement
Dans les domaines de l’énergie et des hydrocarbures, des projets d’envergure y sont développés en termes d’infrastructures énergétiques. Un accord majeur prévoit la construction d’un pipeline ou oléoduc reliant Pointe noire à Maloukou sous partenariat de la Société nationale des pétroles du Congo(SNPC) et l’entreprise russe ZNGS Prometev. L’objectif est de mailler l’ensemble du territoire en produits pétroliers. Avec une production annuelle de 98 547 524 tonnes de barils de pétrole (2021), le Congo dont les réserves sont de l’ordre de 2,9 milliards de barils, demeure le troisième producteur de produits pétroliers en Afrique subsaharienne après le Nigeria, l’Angola. L’enjeu économique de cette ressource a nécessité un cadre juridique particulier qui s’appuie sur des contrats de partage de production autant sur les pétroles que le gaz. Un Code des hydrocarbures ( pétroles et gaz) justifie plus de 55 lois programmatiques fixant les conditions d’exploration et d’exploitation du pétrole adoptées par le parlement congolais, rien que pour la période de la 14 ème législature allant de octobre 2017 à la session extraordinaire du 11 avril 2024.
Le président Denis Sassou N’Guesso a renforcé l’armature juridique de ce secteur énergétique très sensible pour la vie du Congo, membre de l’OPEP et de l’APPO. Le pétrole couvre à 80% les recettes de l’Etat. Plusieurs sociétés pétrolières y sont associées, notamment les sociétés dites « majors » comme Total E&P Congo ( française), ENI ( italienne), Chevron ( américaine), et bientôt Lukoil, grand producteur russe de pétrole (il produit 90,16 millions de tonnes de pétrole annuellement en Russie).
La Russie jouit d’une expérience inégalée en matière d’exploration et exploitation pétrolière. Ses 5,9 millions de pétrole brut le placent en deuxième et troisième place avec l’Arabie Saoudite, tous deux derrière les États-Unis avec ses 13,5 millions de barils par jour.
Aller vers une révolution numérique
Le numérique et l’innovation ont été répertoriés au cours de cette visite d’Etat à Moscou comme des axes stratégiques pour moderniser l’administration publique au Congo. Déjà en juin 2025, les deux pays avaient signé un accord dont l’objectif est de faire du Congo, un « modèle numérique » en Afrique centrale. La Russie souhaite ainsi appuyer les efforts entrepris par le Congo en vue d’éviter la fracture numérique entre différentes couches sociales. C’est l’un des chantiers les plus importants et les stratégiques du gouvernement congolais qui travaille sur la numérisation des procédures administratives. Cette révolution du numérique est une véritable niche d’emplois surtout pour la jeunesse congolaise férue de nouvelles technologies de l’information. Un financement de 150 millions de dollars de la Banque mondiale et la Banque européenne de développement est venu appuyer les efforts du gouvernement Makosso qui vise la transformation numérique du Congo sur la base d’un schéma directeur des systèmes d’information de l’administration publique. Ce schéma met en cohérence l’ensemble des projets informatiques et permet la création des agences de transformation numérique et celles de la sécurité informatique.
La montée en puissance du secteur numérique et l’augmentation du parc des usagers nécessitent la mise en place d’un cadre juridique spécifique réglementant les NTIC, ainsi que des lois sur le cyberespace et la cybercriminalité. L’objectif est d’émigrer vers l’innovation technologique et la construction des infrastructures de télécommunications transfrontalières. Le Congo souhaite à avoir un internet de qualité supérieure à des prix raisonnables. Tels sont les efforts déjà réalisés par le Congo. Ces efforts ont attiré l’attention de la partie russe lors des négociations et ont créé l’engouement de faire du Congo, un « modèle numérique » de la sous région. Il sera question de mieux contrôler l’architecture même de la connectivité.
La Russie, partenaire du Congo, dispose d’une expertise pertinente en la matière, à travers un écosystème numérique national où l’internet fait office d'instrument de souveraineté technologique et d'outil de promotion des progrès technologiques ou scientifiques.
Longtemps perçu comme un espace global, ouvert et difficilement maîtrisable, Internet apparaît aujourd’hui de plus en plus comme un territoire stratégique. Les deux pays, le Congo et la Russie, à travers cette coopération, envisagent faire de la régulation des contenus en ligne, la pièce maîtresse de leurs interventions politiques sur le numérique. Les deux pays ont besoin de travailler ensemble pour affiner leur potentiel dans le secteur du numérique et de l’innovation. Travail auquel doit désormais s’atteler avec pertinence le gouvernement congolais.
L’éducation et la culture, fondements de la civilisation congolaise
L’accélération de la Marche vers le développement qui résulte du programme de développement du président élu du Congo, Monsieur Denis Sassou N’Guesso, met en relief un autre secteur stratégique dans le cadre des politiques de co-développrment et de co-construction entre la Russie et le Congo. Renforcer le capital humain, repenser les politiques en faveur de l’éducation et de la créativité participent de la volonté commune des deux pays de sceller un partenariat solide dans les domaines de l’éducation et la culture. Renforcer et concilier l’éducation et la culture participent aussi d’un élan collectif qui soit à l’origine d’une citoyenneté qui s’adapte aux exigences du monde moderne actuel. La Russie dont le leadership en la matière semble incontestable souhaite apporter de son expérience au Congo.
La Russie est devenue d’ailleurs une destination privilégiée pour les étudiants congolais très enthousiastes à acquérir des compétences scientifiques qui les préparent au monde exigeant de demain. Entre 2025-2026, le quota d’étudiants congolais qui sont entrés en Russie comme chaque année d’ailleurs, est devenu de plus en plus important. Près de 1000 étudiants par vague. La coopération universitaire se renforce davantage chaque année dans une sorte de mixité sociale et culturelle, comme depuis des décennies.
Vladimir Poutine et Sassou N’Guesso se projettent dans l’avenir
Les hydrocarbures, le numérique et l’innovation, l’éducation et la culture sont des domaines stratégiques qui confèrent de la souveraineté aux deux États. Les choisir comme éléments clés de leurs relations bilatérales participe de cette ambition de se projeter dans l’avenir. Le deux présidents s’en préoccupent pour le bien-être de leurs peuples.
Car au regard des bouleversements actuels à travers le monde, nul besoin de s’interroger si les générations futures vivront en paix. Le monde se fait peur à cause de la récurrence de conflits de tous genres. Les trente prochaines années risquent d’être le théâtre d’importants changements démographiques, susceptibles d’accroître des tensions et de crises à travers le monde. Les flux migratoires à travers les continents, l’urbanisation croissante de la planète, les questions climatiques et énergétiques, les pressions sur les ressources naturelles, notamment les minerais ( cas de la RDC), l’eau, les ressources alimentaires constituent en soi, le lit des velléités qui pourraient en effet venir nourrir les conflits de demain et modifier le rapport de forces entre nations. L’ONU malgré ses 80 ans d’existence semble hors jeu et peine à faire respecter le droit international. Une réelle catastrophe pour le maintien de la paix dans le monde.
Renforcer l’axe Brazzaville-Moscou sur les plans énergétique, économique, socioculturel et sécuritaire c’est anticiper sur les contingences qui créent déjà des changements majeurs au niveau des équilibres géopolitiques. Et Denis Sassou N’Guesso dont la philosophie de politique étrangère consiste à privilégier « la Diplomatie d’équilibre », diversifie les relations du Congo avec toutes les nations du monde pour traduire l’idéal multilatéraliste auquel il ne peut se soustraire. C’est ce qui explique d’ailleurs sa volonté de porter la voix de l’Afrique dans les grands sommets du monde ou de mener des médiations stratégiques qui évitent l’effondrement de certains États en situation de collapsus ethnique(effondrement).
Si d’une part Vladimir Poutine souhaite que son pays soit un acteur majeur dans l’émancipation des peuples d’Afrique et du monde, il n’en demeure pas moins que Denis Sassou N’Guesso, Lui, veuille faire du Congo, un pays pivot géopolitiquement parlant, en posant des bases stratégiques de développement durable. C’est dans cet élan qu’il a accepté l’invitation du président russe, Vladimir Poutine, de participer au troisième sommet Russie-Afrique d’automne prochain et dont l’objectif majeur est le développement d’une coopération stratégique entre la Russie et ses partenaires du continent africain.
« La situation stable de votre pays incite la Russie à travailler en toute sérénité au Congo », a dit très enthousiaste Vladimir Poutine à son homologue Denis Sassou N’Guesso.

