Quel avenir pour la Palestine ?

Source: Académie de Géopolitique de Paris

Michel RAIMBAUD, Ancien Ambassadeur de France.

Un plan de partage revisité : mission impossible ?

Les évènements déclenchés à Gaza le 7 octobre dernier par une douzaine d’organisations de la résistance palestinienne ont bouleversé par surprise la donne sur le Grand Echiquier. Incluant deux formations marxistes et des mouvements laïcs, en coordination depuis plusieurs années avec le Hamas, l’opération, symboliquement nommée Tufan Al Aqsa (« Le déluge d’Al Aqsa », en référence à la grande Mosquée de
Jérusalem, l’un des Lieux Saints les plus emblématiques de l’Islam), a redonné soudain toute sa centralité à une cause palestinienne que beaucoup croyaient enterrée. Le jour n’avait pas été laissé au hasard,
coïncidant avec la veille du 50ème anniversaire de la guerre de Kippour-Ramadan 1973. On se rappellera peut-être que le 6 octobre 1973 était le jour du jeûne du Yom Kippour, férié en Israël, qui cette année-là coïncidait avec le début du Ramadan) : ce serait la dernière opération conjointe de l’Egypte et de la Syrie engagée pour compenser les pertes de la désastreuse guerre des Six jours de juin 1967.

Quoi qu’il en soit, nombreux sont ceux qui ont paru mal à l’aise quant à la posture à adopter face à cet imprévu. Dans les monarchies pro-occidentales de la Ligue Arabe, qu’elles aient fait ou non le choix
abrahamique, le « virage » du Hamas, parti en 2011 à l’assaut de « la proie syrienne » et devenu douze ans plus tard fer de lance de la résistance palestinienne, aura pu dérouter. Que dire de l’Occident, où
nos « élites » ont volontiers un problème d’approche ou d’accroche avec les Arabes et les musulmans ? D’autant plus que le contexte mondial n’est plus à la sérénité : le conflit opposant depuis le 22 février 2022 la Russie à l’Ukraine de Zelenski soutenue par l’OTAN ne polarise-t-il pas radicalement la confrontation géopolitique entre « l’Occident collectif » et l’axe russo-chinois chef de file de l’Eurasie,
porteuse des espérances d’un Sud Global soucieux d’échapper à la tutelle atlantique ?

Du côté d’Israël et de l’Occident collectif, on a vite perçu le danger et l’on s’est hâté d’en circonscrire l’ampleur par une manipulation et une guerre de l’info sans précédent, selon la vieille technique du
« saucissonnage » qui consiste à isoler totalement un problème qui dérange, c’est-à-dire n’importe lequel pour les « grandes démocraties » autoproclamées. Il suffit d’en déterminer la date de déclenchement (pour éliminer les causes) et de faire abstraction de tout le contexte (afin d’éviter toute explication dérangeante). C’est simple, simpliste même, mais ça fonctionne. Le mainstream et nos autorités de l’Axe du Bien n’y voient que des avantages pour brider l’opinion par le lavage de cerveau et l’omerta, divisant le monde entre bons et méchants.

Jusqu’à aujourd’hui, il est flagrant qu’à la différence de la guerre d’Ukraine où chacun a fini par trouver ses marques, la guerre en Palestine n’est abordée qu’avec gêne et l’on veille à ne pas prendre de
risque dans l’expression : les « grandes démocraties », France en tête, apportent un soutien absolu à Israël et nos gouvernants n’hésitent pas à porter atteinte aux libertés de pensée et d’expression, par le biais de
poursuites judiciaires sans précédent tant elles sont iniques et liberticides.

Dans ce contexte, les commentateurs restent laconiques, y compris dans leur approche de l’avenir : on propose le plus souvent une nouvelle version de la solution à deux Etats, redevenue la tarte à la crème au menu du jour : mais comment la réaliser, en l’absence de continuité de l’espace résiduel disponible, les 8 ou 9% de Palestine qui ont échappé à la colonisation ou à l’annexion étant constitués de confetti qui ne sauraient servir de base à un Etat quel qu’il soit. Il faudrait que soient expulsés manu militari plusieurs centaines de milliers de « colons » illégaux. Imagine-t-on une minute qu’un succès soit possible dans les conditions présentes ?

On se refuse par principe à évoquer le fond du problème, c’est-à-dire l’usurpation des terres palestiniennes, il y a 75 ans, les Arabes autochtones ayant été priés de partir sans droit de retour et de laisser la place aux émigrants juifs venus de toutes parts vers le « foyer national » octroyé par la « communauté internationale ».

Dans les médias occidentaux (français notamment, passés maîtres en falsification), la guerre a été présentée comme une simple émeute née de nulle part à Gaza : pas un seul mot de la « nakba » (la catastrophe ou l’exode forcé de 1948, lors de la création de l’Etat d’Israël), la prudence commandant de ne pas revenir sur une tragédie vieille de soixante-quinze ans, aussi tragique que les massacres en cours
aujourd’hui, bien que l’ensevelissement de la Palestine sous l’Etat d’Israël ait été accompli sans témoin. Il est pourtant instructif de rappeler ce qui s’est alors passé.

Le 29 novembre 1947, le plan de partage de la Palestine élaboré par le Comité spécial des Nations-Unies, créé par l’Assemblée Générale (AGNU), est approuvé par celle-ci dans sa résolution 181. Jacques Baud, éminent spécialiste et brillant analyste, qui a décortiqué l’épisode et ses supports juridiques, fait remarquer que ce Plan, adopté par l’Assemblée Générale et non pas par le Conseil de Sécurité, n’a en
conséquence pas de valeur juridique contraignante. Le document « recommande » seulement la partition de la Palestine mandataire en trois entités distinctes : un Etat juif sur 56% du territoire et un Etat arabe sur 42%, la ville de Jérusalem et sa banlieue (2% du territoire) étant placées sous contrôle international. Sans préjudice de l’usurpation qui est infligée aux Arabes palestiniens, la répartition est donc injuste, d’autant plus que ceux-ci représentent alors 70% de la population. La fin du mandat est fixée au 1er août 1948, et le partage doit être effectif au 1er octobre 1948.

Le plan est alors accepté par les dirigeants de la communauté juive de Palestine (Yichouv) par le biais de l’Agence juive (hormis les extrémistes de l’Irgoun et du Lehi). Pour des leaders tels que Ben Gourion, ce n’est qu’un hors-d’œuvre, en attendant de s’emparer de la totalité de la Palestine. Mais le Plan « recommandé » est rejeté par la plupart des dirigeants de la communauté arabe, y compris le Haut Comité soutenu par la Ligue Arabe, laquelle se dit résolue à prendre toutes les mesures de nature à empêcher l’application de ladite résolution 181. Plusieurs Etats se disent prêts à prendre les armes, refusant la division du territoire, qu’ils jugent contraire au droit à l’autodétermination. En conséquence, le Plan de partage ne sera pas appliqué. Il est déclaré nul et est abandonné. Tout ce qui en résultera sera en quelque sorte illégal ou dépourvu de légalité.

Israël profitera de ce vide juridique pour prendre des libertés avec le droit international, au point de l’ignorer, ayant vite réalisé qu’il peut mettre à profit la gêne des Européens responsables à des titres divers de l’Holocauste pour s’octroyer une impunité totale. Par dizaines, les résolutions onusiennes, du Conseil de Sécurité ou de l’Assemblée Générale, seront ignorées et violées par l’Etat hébreu, comme elles le sont aujourd’hui…

Comment imaginer dans ces conditions la reprise des accords d’Oslo, qui s’étaient déjà soldés par un échec ? Comment même y songer après le génocide actuel, sinon pour berner une fois de plus les Arabes ? Comment croire une seconde qu’Israël respectera des engagements qu’ils n’a jamais tenus par le passé, le soutien aveugle de l’Occident, Etats-Unis en tête lui permettant d’ignorer des dizaines de résolutions, de multiplier les déclarations provocantes jusqu’à aujourd’hui, avec un aplomb insolent….

La condamnation de l’Etat sioniste par la Cour Internationale de Justice de La Haye, organe judiciaire suprême de l’Organisation des Nations-Unies, est totalement passée sous silence. Saisie par l’Afrique du Sud, la CIJ dénonce dans les faits un génocide en puissance, enjoignant à l’Etat d’Israël d’en cesser la mise en œuvre. Silence radio également sur la saisine de la Cour Pénale Internationale (CPI) dans le cadre d’une démarche pilotée par l’avocat lyonnais Me Gilles Devers, soutenu par 600 ou 700 collègues internationaux et près de 200 ONG ou associations.

Mais Israël est loin d’avoir gagné. Avec l’armée la plus puissante de la région et son potentiel nucléaire, il n’a pas atteint ses objectifs : beaucoup de stratèges militaires en concluent qu’il a donc perdu. Les groupes résistants continuent à résister et à infliger des pertes : ils auraient donc « gagné », profitant de leur résilience pour élargir régionalement le conflit : le champ de bataille s’étend désormais vers le Liban, ou s’active le Hezbollah, vers l’Irak où les milices chiites du Hashd Al Shaabi sont sur le pied de guerre, tandis que la Syrie, frappée par des raids endémiques, veille au grain. Il y a aussi les Houthites du Yémen qui créent des soucis aux navires desservant Israël, et l’Iran, touché récemment à Damas par quinze assassinats ciblés dans sa représentation diplomatique et à la résidence de son ambassadeur, vient de riposter en frappant directement Israël. Une grande première, et un réel succès malgré les efforts déployés pour masquer la réalité. Téhéran a même reçu un appui sans réserves de la Chine, développement nouveau.

Israël n’aurait-il pas provoqué l’Iran pour faire oublier le génocide qu’il poursuit ou pour provoquer l’implication directe des Etats-Unis dans une guerre contre la République Islamique, et amener l’Occident
à réaffirmer son soutien inconditionnel. Pour M. Macron, les Allemands, les Polonais, et les autres, c’est déjà chose faite et pour Joe Biden, les déclarations d’attachement à Israël appartiennent à la routine des jours. Le Congrès vient de voter à une écrasante majorité (républicains et démocrates) une loi dégageant 95 milliards de dollars pour les « aides » à l’Ukraine, Israël et Taïwan : 60,8 milliards de dollars pour Zélenski, 26,4 milliards pour Natanyahou et 8,1 milliards pour Taïwan. Le président de la commission compétente du Sénat, le républicain Mike Rogers, a déclaré, dans un style plus américain que nature, que « la Chine, la Russie et l’Iran sont en train de travailler ensemble dans un nouvel Axe du Mal pour porter préjudice à nos alliances et miner notre sécurité nationale ». Biden a immédiatement signé : « C’est un bon jour pour l’Amérique, c’est un bon jour pour l’Europe et c’est un bon jour pour la paix dans le monde. Il rendra l’Amérique plus sûre. Il rendra le monde plus sûr et continuera le leadership de l’Amérique dans le monde ». Il a ensuite ajouté concernant Israël : “Mon engagement à l’égard d’Israël, je veux le clarifier. une fois de plus, est de fer. La sécurité d’Israël est fondamentale. Je garantirai toujours qu’Israël aie ce qui lui sert pour se défendre de l’Iran et des terroristes qu’il soutient”. Qui en aurait douté ?

Israël ne fera donc pas de concession. La solution à deux Etats apparaissant de plus en plus pour ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire un attrape-nigaud, pourquoi alors ne pas prendre le taureau par les
cornes en visant une solution d’ailleurs de plus en plus souvent évoquée, car elle semble la mieux adaptée aux aléas de l’avenir. L’Afrique du Sud, si proche de la cause des Palestiniens, ne s’était-elle pas libérée de l’apartheid en misant sur le mot d’ordre « Un homme une voix », afin de créer un Etat où seraient respectés les droits et libertés hors de toute discrimination raciale ou ethnique ou religieuse. La solution la plus acceptable et la plus raisonnable semble bien être celle à un seul Etat, qui intègrerait les Arabes et les Juifs acceptant la règle du jeu démocratique. L’idée est à nouveau évoquée et semble recueillir la faveur de nombreux membres de la communauté juive, notamment parmi les jeunes générations et les militants d’organismes non-sionistes. Il convient au passage de leur rendre hommage. Une Palestine, disent les uns. Deux c’est mieux, disent les autres. Rendez-vous dans dix ans ?

Ali Rastbeen, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris. Quel avenir pour Gaza ?
L’invasion de la bande de Gaza par l’armée israélienne en réplique aux attentats perpétrés par les groupes armés du Hamas le 7 octobre 2023 ont remis sur le devant de la scène un conflit vieux de plus de 75 ans qui paraît aujourd’hui plus que jamais sans solution. La question gazaouie et plus globalement de la question israélo-palestinienne conduit nécessairement à s’interroger sur le devenir à long terme de la Bande de Gaza.
Contrairement à une idée reçue, plusieurs schémas pourraient à moyen terme, offrir aux habitants de Gaza un avenir prospère. La bande de Gaza dispose de plusieurs atouts qui, sous réserve que la politique de destruction engagée par le gouvernement Netanyahou soit définitivement stoppée ou abandonnée, pourraient lui permettre de sortir de la misère et du sous-développement. Tous ces scénarii ne pourront prendre corps qu’à la condition que soit reconnu le fait que le blocus est illégal, puisqu’il résulte d’une décision unilatérale prise en dehors de tout cadre légal par un État qui se soustrait depuis 70 ans à toutes les résolutions des Nations Unies adoptées en vue de faire respecter le droit international dans la région.
Ce blocus finira bien un jour par cesser. Dans cette hypothèse, les atouts de la bande de gaza sont d’au moins trois ordres : géographique, économique et énergétique. L’atout géographique de Gaza : elle est une bande de terre de 42 km de long située à l’interface de trois zones hautement stratégiques de l’Afrique, du Proche Orient et de la péninsule arabique. Cette position géographique unique permettrait de faire de Gaza un hub international qui aurait des effets positifs pour l’économie gazaouie et l’insertion de Gaza dans les grands circuits d’échange internationaux ; elle aurait aussi des effets très positifs au plan écologique et sanitaire. La construction d’un aéroport de standing international à Gaza permettrait de fait de désengorger ceux, largement saturés, du Caire, d’Alexandrie et de Beyrouth et de répondre à l’augmentation attendue du trafic aérien international dans toute cette région. Au regard du nombre exponentiellement croissant des touristes venus d’Asie qui voudront visiter les pyramides d’Égypte, les splendeurs de la vallée du Nil, les temples de la Phénicie ou les théâtres et palais de l’Empire romain.
Doté de tous les commerces traditionnellement intégrés aux structures aéroportuaires de standing international, l’aéroport de Gaza pourrait servir de point de départ au développement de toute la ville de Gaza – à l’instar de l’émirat de Dubaï.
Des projets aux atours futuristes ont déjà été conçus notamment aux Qatar et aux EAU. Dans ces deux pétromonarchies très en pointe dans la préparation de l’après-pétrole, on envisage avec beaucoup de
sérieux de mettre sur pied de tels projets. Ce n’est pas un hasard si les autorités qataries proposent, pendant ou au terme de chaque campagne de bombardement israélienne, des plans de financement aux montants colossaux destinés à rebâtir les infrastructures de Gaza. Depuis 2006, année du retrait israélien de la bande de Gaza cette politique de soutien actif ne s’est jamais démentie. Les campagnes successives de 2008, 2010, 2011 et 2012 et 2020 n’ont nullement découragé les intentions du Qatar en ce domaine.
Le 23 octobre 2012, quelques semaines après une campagne extrêmement violente ayant engendré de très importantes destructions dans Gaza, l’émir Tamin ben Hamad Al Thani venait à Gaza, dans le cadre d’une quasi-visite d’État avec en poche un plan d’aide de plus de 250 millions de dollars. Étaient notamment prévus, dans le cadre de ce plan :

  1. La reconstruction de la route du littoral reliant du nord au sud
    l’ensemble des localités de la bande de Gaza.
  2. La construction d’un hôpital flambant neuf à Han-Yunnes.
  3. La construction de 1000 logements dans Gaza city.


En 2023, quelques mois seulement après une nouvelle campagne hautement destructrice l’émir al Thani proposait encore une aide de 500 millions de dollars pour la reconstruction de Gaza. Désireux de ne pas avoir à réengager éternellement, l’émir a assorti sa proposition d’aide et de médiation de conditions strictes dont la première est l’établissement d’un cessez-le feu durable dans la bande de Gaza et le rétablissement d’une pleine liberté de circulation pour le gazaouis. Comme le résume bien le chef de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens l’UNRWA, Philippe Lazzarini : « Il n’est pas question de
se placer simplement dans une logique de reconstruction Nous devons avoir une approche globale et de long terme, fondée sur le développement de l’humain ».

Le second atout est économique. Il s’appuie sur ses atouts géographiques. Avec une population jeune, nombreuse et éduquée, Gaza dispose des conditions sine qua non du décollage d’un territoire. Grace à son littoral, – la bande de Gaza pourrait assez aisément devenir un nouveau centre de développement du tourisme de luxe grâce à l’image de celui qui s’est récemment développé à Dubaï, en Oman ou en Égypte avec Charm el Cheikh). Si elle était dotée d’un réseau routier et ferroviaire entièrement rénové et moderne (air conditionné, vidéosurveillance permettant un suivi individualisé des voyageurs et une biosurveillance des touristes), cela permettrait une accumulation rapide de devises, Gaza pouvant ensuite développer une activité bancaire et financière propre, respectant les critères de la finance islamique mais interconnectée aux autres grands centres de gestion des flux financiers de Dubaï, Doha, Hong-Kong, Shanghai.

L’avenir de Gaza est aujourd’hui ouvert à bien des scénarii possibles. Décrire ces scénarii suppose de connaître les atouts et les handicaps géographiques, de cerner la nature et l’accessibilité des ressources.
Le troisième atout clé est la présence de réserves de gaz considérables au large des côtes de Gaza, l’une des zones urbaines les plus densément peuplées au monde. Cette ressource abondante et aisément
disponible pourrait constituer pour les populations gazaouies constituer une bénédiction ou une malédiction économique. Les réserves estimées en hydrocarbures de ces fonds marins jusqu’ici peu prospectés sont impressionnantes. Elles sont estimées à 38 milliards de m3 pour une capacité annuelle de production de 1,5 milliards de m3 sur une période de 12 ans. Les investissements pour en développer l’exploitation représentent environ 1,4 milliards de dollars. La présence en abondance de cette ressource a attisé les appétits du puissant voisin israélien qui, en violation avec toutes les règles du droit, a décidé de s’approprier ces ressources et de les exploiter directement pour son compte.

L’invasion militaire de la Bande de Gaza par les forces israéliennes, est de fait en relation directe avec le contrôle et la possession de réserves stratégiques de gaz offshore. Les autorités de défense israéliennes veulent que les Palestiniens soient payés en biens et en services, et insistent sur le fait qu´aucun argent ne doit aller au gouvernement contrôlé par le Hamas. L’objectif était de rendre caduc le contrat signé en 1999 sous Yasser Arafat entre BG Group et l’Autorité Palestinienne.

Les possibilités de sortie de crise et d’engagement dans une logique de développement à long terme de la Bande de Gaza dépendent d’une multitude de facteurs. Il serait en effet vain de croire que le sort des 2
millions de gazaouis dépendra du seul bon ou mauvais vouloir du Hamas. À fortiori si ce dernier est chassé de ses bases et traqué. La clé d’une sortie de crise réside dans la mise en place d’un plan général de paix et de sécurité régionales – passant par un rapprochement, sous pression forte et simultanée de Washington de Moscou et de Pékin sur Israël, et de l’Iran sur le Hamas, afin de permettre d’envisager la question gazaouie sous un angle nouveau et constructif. Un tel rapprochement forcé ne pourrait exister qu’à la condition que ces deux États acceptent de donner véritablement corps à cette sécurisation régionale. Israël et l’Iran sont deux blocs culturels dont les peuples se connaissent, se côtoient et se fréquentent depuis plus de 2600 ans et qui vivaient sans hostilité réciproque il y a encore 70 ans de cela.

En attendant c’est le schéma inverse qui semble s’imposer. En plus d’une nouvelle guerre israélo-alestinienne, prête à se muer en nouvelle guerre israélo-arabe (avec l’ouverture possible de nouveaux fronts au nord et à l’est, et une déstabilisation simultanée de la Jordanie, de la Syrie et du Liban), de nouveaux fronts risquent de s’ouvrir, qui sont bien plus préoccupants pour l’équilibre de la région et la sécurité globale de l’Europe (notamment en termes d’approvisionnements marchands en bien manufacturiers (Asie du Sud Est), pétroliers (Golfe persique) et gaziers (Qatar et EAU)) :

  • Au sud avec le Yémen dans le cadre d’une lutte sans fin contre les Houthis,
  • Au nord avec la Turquie, dans le cadre d’une solidarité frériste d’Erdogan et de l’AKP avec les dirigeants du Hamas et dans le cadre d’une réactivation des vives tensions qui s’étaient déjà faites jour en 2009 entre Israël et la Turquie à propos du blocus de Gaza,
  • Au nord-est, en Syrie, dans le contexte d’une guerre civile non-réglée et dont les braises sont encore chaudes.
  • Au sud-ouest, avec l’Égypte encore instable et qui sera confrontée à un problème de positionnement stratégique pour faire face à ses énormes besoins d’importation en biens alimentaires et en produits
    agricoles (ce qui la conduit à se rapprocher de Moscou comme au temps de Nasser),
  • Dans le grand Moyen-Orient enfin, avec l’avancée probable des mouvements djihadistes (Al-Qaeda, EI, talibans) vers la péninsule arabique et la déstabilisation inéluctable des États du Golfe qui s’ensuivrait.

Tout cela dans un contexte de réactivation globale des discours bellicistes et extrémistes formulés depuis Washington par des clans néoconservateurs toujours convaincus que la démocratie ne peut avancer et s’exporter qu’à coup de bombes nucléaires larguées sur les pays régis et dirigés par une dictature

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