
Denis Sassou N’Guesso : « Reconstruire l’Ordre Mondial, un Impératif Majeur pour l’Humanité »
Par Driss SENDA
En retrait face à un monde en crise, l’Afrique peut-elle devenir le moteur de la transformation de l’espace monde ou doit-elle repenser en profondeur ses équilibres, son adaptation, son ambition de compter parmi les puissances émergentes ?
Enclin à privilégier la stabilité et la solidarité internationale, Denis Sassou N’Guesso constate devant le Corps diplomatique accrédité au Congo, que l’humanité qui s’éloigne dangereusement du multilatéralisme se trouve être affligée par des conflits et des violences qui désarment les cœurs et annihilent tous les espoirs de paix.
Aller vers une profonde transformation, bannir la déconstruction pour s’orienter vers la reconstruction de l’ordre mondial devient un impératif majeur pour la stabilité de l’humanité.
Le monde se retrouve encore dans des circonstances qui, hier, avaient nécessité une prise de conscience collective qui permette de faire face à la désintégration du système des relations internationales. En termes de contenu, les défis actuels diffèrent certainement de ceux de la période chaude d’après seconde guerre, mais leur consistance et leur gravité semblent similaires.
Court-on le risque d’une nouvelle hécatombe mondiale au regard de la montée des empires avec à leur tête, des dirigeants qui semblent plutôt croire que l’histoire serait facile à réécrire, quand on possède les armes les plus redoutables, les plus destructrices ! Il faut impérativement se dédouaner de cette culture de l’indifférence pour sauver le monde.
En Afrique, l’expérience du président congolais, Denis Sassou N’Guesso, dans la gestion des crises intra-étatiques ou extra-étatiques, appelle à fixer les regards sur la centralité de la personne humaine dans un environnement où le droit international doit être le dénominateur commun à tous les peuples d’une planète terre qui compte plus de 7 milliards d’habitants, à ce jour. L’ignorer c’est courir le risque d’une déshumanisation, c’est imposer une culture de calculs, d’intérêts égoïstes là où il faut privilégier l’éthique et la culture de l’universalité.
Déséquilibre de l’environnement mondial : La racine du mal, selon Denis Sassou N’Guesso
D’entrée de jeu et face aux diplomates représentant leurs pays au Congo, Denis Sassou N’Guesso a estimé que le silence face aux guerres n’est pas une neutralité mais une complicité. Il faut agir. Il est un fait indéniable à relever en cette période de bouleversements géopolitiques contemporains : le basculement historique qui a commencé depuis le XXe siècle se poursuit à l’aube du troisième millénaire, faisant vaciller l’architecture institutionnelle mondiale. Des défis civilisationnels s’imposent à chaque peuple en cette période d’incertitudes, période qui signe la fin de l’hégémonie occidentale et l’accélération d’une mondialisation qui s’essouffle sous fond de contestation de l’ordre mondial actuel. On a d’un côté le déclin de l’Europe par exemple après ses 5 siècles de domination du monde, et de l’autre côté un changement majeur pour l’empire du soleil levant, la Chine. Oui, la Chine s’est réveillée, les grandes puissances de la planète terre tremblent.
Cet engourdissement crée un environnement international où les « alliances se font et se défont, augurant d’un réajustement, voire une profonde recomposition des équilibres mondiaux. Cet environnement international en pleine mutation accroît le doute et les incertitudes sur l’avenir de l’humanité, bien que l’optimisme reste permis pour un monde apaisé, plus juste, équitable et solidaire », a déclaré Denis Sassou N’Guesso.
Toutefois, une certaine forme de déconnexion croissante apparaît entre l’architecture institutionnelle mondiale et la réalité de la puissance, qui ne se laisse plus dicter la grammaire du droit international. Le « multilatéralisme reste le levier primordial de réponse aux défis contemporains de plus en plus globalisés », s’est-il plu à rappeler. Car il est à noter que des faits majeurs caractérisent l’environnement mondial. Notamment la fin de l’hégémonie occidentale après cinq siècles de domination mondiale et une mondialisation accélérée, portée par des révolutions technologique et logistique d’importance. Face à l’effritement du monde, au reflux de l’universalisme, le défi majeur de notre temps demeure l’activation, mieux, la recherche d’outils de croissance économique, de lutte contre le réchauffement climatique, la révolution de l’intelligence artificielle et les transformations démographiques mondiales, le respect et les échanges entre civilisations du monde. Ce qui permettra d’éviter un Ordre mondial structuré par une triade de visions impériales concurrentes. C’est ici que s’impose la philosophie dite : « diplomatie d’équilibre » prônée constamment par Denis Sassou N’Guesso, laquelle philosophie qui va à l’encontre d’un libéralisme qui soit susceptible de réactiver les « mémoires impériales ».
Tous ces défis globaux qui s’imposent à l’humanité « ne peuvent être résolus en autarcie par un pays, tout seul ». Des « espaces stratégiques de dialogue et de solidarité qui font reculer les frontières des souverainetés et des nationalismes étroits » constituent des pistes multilatérales qui freineraient la concurrence entre des nations, surtout celles devenues de plus en plus impériales. C’est le cas des Etats-Unis de Donald Trump qui s’illustrent par la déconstruction de l’ordre occidental au nom d’une vision transactionnelle des relations entre États, ou d’une Chine de Xi Jinping qui a acquis des aptitudes pluridisciplinaires permettant de se disputer la place de première puissance mondiale avec les États-Unis, au moment même où l’on constate le grand retour de la puissance russe (Russie, Le Retour de la Puissance, ouvrage de David Teurtrie, Éditions Armand Colin). Le Président congolais, Monsieur Denis Sassou N’Guesso appelle ses homologues africains à s’unir. Il plaide pour des réformes en profondeur du Système des Nations unies (ONU) afin que « l’Afrique trouve la juste place qu’elle mérite, notamment au sein du Conseil de sécurité », a-t-il insisté. Car, pour lui, la reconstruction de l’ordre international ne devrait plus être un simple ajustement technique, mais une refondation philosophique et politique.
Le tout devrait se fonder sur le maintien et l’exigence du droit dans un monde qui redécouvre la force brute des empires. C’est à ce prix que devrait triompher le panafricanisme qu’il appelle de tous ses vœux comme les pères des indépendances du continent africain, à l’image de Kwame Nkrumah. « Un panafricanisme qui prône aussi l’indépendance totale du continent. Il doit servir de plate-forme essentielle d’émancipation et d’intégration des peuples africains », a -t-il poursuivi, répondant à l’invite du Doyen du corps diplomatique, Monsieur Vincent Mouanda (Angola), pour qui, l’urgence de paix en Afrique et dans le monde où l’on note la recrudescence des conflits armés, 52 au total, est plus qu’impérative. « Le Congo n’a cessé de plaider pour un ordre international plus juste et plus équitable tenant compte des besoins des pays en développement et de leurs réalités géopolitiques… », a rappelé Vincent Mouanda.
Le thème « Mieux ensemble : 80 ans et plus pour la paix, le développement et les droits de l’homme » retenu par l’ONU en 2025, illustre à juste titre, la vision des Nations qui souhaitent rester dans la philosophie d’un monde plutôt multipolaire où la théorie des alliances régionales ou sous-régionales aidera à construire des ponts au sein d’une société internationale voulue interdépendante et régie par le droit international.
Tous ces défis majeurs sont pour une humanité apaisée, un monde où les bouleversements géopolitiques suscitent plutôt des réflexions prospectives indispensables à résoudre les défis civilisationnels à venir.









