RDC : À propos des Enjeux et Perspectives d’un Dialogue intercongolais proposé par Alain NZADI-A-NZADI, chercheur

RDC : À propos des Enjeux et Perspectives d’un Dialogue intercongolais proposé par Alain NZADI-A-NZADI, chercheur

Par Driss Senda, Revue Intelligence Géostratégique

Permettez-moi de commencer mon propos par une élégante boutade du professeur Dicko Amadou qui peut s’appliquer autant à l’Afrique qu’à la République Démocratique du Congo : « La mort devient un défi. La liberté un enjeu. » C’est la philosophie existentialiste qui considère que l’être humain forge l’essence de sa vie par des actions qui expriment son degré d’engagement pour son propre bien-être ou celui de ses concitoyens.

L’idée d’un dialogue à l’échelle nationale et sous régionale comme alternative aux causes structurelles liées à l’instabilité chronique de la RDC interpelle la classe politique tout entière, les confessions religieuses et la société civile pour une dynamique réelle de paix, de développement et de construction de la nation congolaise. Le plaidoyer d’Alain NZADI-A-NZADI fait le constat d’une certaine impasse des accords de Washington et de Doha, en raison des intérêts divergents des acteurs politiques congolais et l’immixtion des puissances étrangères souvent qualifiées de prédateurs de ce pays -continent aux richesses naturelles (forêts et minerais) suffisantes pour impulser le développement durable. Mais il faut d’emblée dire que tant qu’un seul mètre carré de la RDC restera en situation d’occupation ou de guerre directe ou par procuration, le développement et le progrès demeureront un simple leurre.

« Je crois en ce pays depuis Patrice Lumumba. Nous ne pouvons laisser la RDC sombrer. Malgré les nombreuses crises qui l’obligent de passer de dialogue en dialogue, de conférence en conférence, ce pays est autant riche de ses ressources naturelles qu’humaines qui du reste, sont susceptibles d’actionner un développement rapide et le progrès. Contrairement à ses minerais pillés hier pendant la colonisation, ce pays mérite d’être équipé en infrastructures de base, car il faut réussir le pari de l’autosuffisance alimentaire de ce pays, le pari du développement industriel. Le Congo, certainement derrière nous, sera un pays qui comptera énormément sur l’échiquier africain. Il deviendra un des moteurs du développement du continent. Je ne serai plus là pour voir cela, mais rien que cette perspective me réjouît beaucoup à l’avance », disait au micro de Driss Senda, Mr Edem Kodjo, d’heureuse mémoire, facilitateur du dialogue intercongolais voulu inclusif, en 2016, sous l’égide l’Union africaine, l’Union européenne.

Malgré que ce dialogue avait permis le passage en douceur du témoin entre le président sortant Joseph Kabila et Felix Tshisekedi, président entrant au terme d’une élection présidentielle, les espoirs se sont émoussés et le rêve de Patrice Lumumba qui semblait renaître dans la conscience collective de la classe politique, à savoir, « faire du Congo le centre du rayonnement de l’Afrique », a vite été anéanti. Dans quelles conditions le dialogue et le pacte social ici proposés peuvent-ils avoir une résonance citoyenne et aider à changer les paradigmes de violence et de guerres en paradigmes de paix et de construction nationale ? Il faut reconnaître que cette lancinante question fait de la RDC un cas d’école en morale politique et en psychologie du développement. Ne se pose-t-il pas en filigrane un problème de maturité politique du citoyen congolais quand les dirigeants du pays clament haut et fort la tenue des dialogues qui malheureusement ne s’illustrent souvent qu’en guerres de positionnement ? En quoi l’appel à « désarmer la communication de tous préjugés, rancœurs, fanatisme et haine », du pape Léon XIV trouvera-t-il un écho favorable pour le cas de la RDC quand le « piège de politisation » édulcore ou sape l’espoir de près de 100 millions de congolais qui n’aspirent qu’à une chose: vivre ensemble en paix dans une superficie intangible de 2.6 millions de kilomètres carrés à ne pas monnayer sous quelques prétextes qu’ils soient ?

Le coup de gueule récent du ministre Didier Mumengui sur l’avenir obscure de la RDC nous impose, à la lumière de cette proposition de recherche d’un nouveau pacte social deux attitudes:

1. Le référencement aux legs politiques considérables qui constituent la trame de l’histoire douloureuse du pays, en vue d’une analyse susceptible de poser le bon diagnostic pour l’avenir. Car « un peuple sans histoire est un peuple sans âme », rappelle à juste titre l’analyste Alain Foka.

2.Le droit au bonheur du peuple congolais, lequel droit implique juridiquement la jouissance des ressources du pays par le citoyen congolais, de développer l’entrepreneuriat en libérant les potentiels économiques, de faire de la RDC la matrice d’une Afrique qui se construit par des solidarités, des échanges économiques et la créativité culturelle.

Par droit au bonheur du citoyen congolais, on sous-entend qu’il faut stopper l’engrenage fait de violation des droits, de corruption, des économies parallèles afin d’endiguer la face sombre faite de viol de nombreuses femmes, de l’exode de plus de 6 millions de congolais sans assistance à l’intérieur même du pays. Cette dimension de justice sociale est lamentablement méconnue d’autant plus que la guerre qui sévit à l’Est de la RDC en est la parfaite illustration qui corrobore l’existence des zones dites de non-droit en RDC.

Au regard des indicateurs économiques de ce pays-continent qui dispose d’un sous-sol scandaleusement riche en minerais de diamants et la deuxième réserve mondiale en cuivre avec 10 % du total recensé dans le monde et surtout les plus importantes réserves de cobalt (près de 50 %), les autorités congolaises ont le devoir et l’obligation de garantir aux congolais, des conditions de vie dignes et épanouissantes. Il s’agit pour la classe politique congolaise de privilégier au-delà de tout dialogue idoine, des pistes de solution, des approches novatrices qui réinterprètent les obligations de l’État congolais envers ses citoyens.

Il s’agit donc de faire du Pacte social un plaidoyer audacieux pour réinventer une justice sociale qui ne se limite pas aux simples déclarations ou incantations politiciennes.

Développer l’entrepreneuriat en libérant les potentiels économiques

Considéré comme le 15ème pays le plus peuple du monde, la RDC justifie de 60% d’habitants de moins de 20 ans sur une population estimée à 105 millions de citoyens en 2024. Une mine d’or pour la main-d’œuvre bon marché dans un pays qui possède plus de 120 millions d’hectares des terres arables propices à une agriculture totalement mécanisée et /ou biologique, malgré qu’on déplore que 48,8% de ses terres seraient déjà bradées.

Outre, la RDC est leader mondial en production de tantale (42%). Car ses provinces orientales sujettes aux conflits armées regorgent des minerais de coltan souvent raffinés pour obtenir du tantale. Ce qui fait de la RDC l’un des plus importants fournisseurs de terres rares au monde.

La RDC regorge de talents entrepreneuriaux souvent freinés par l’accès aux financements, car très dépendant du contexte de crise structurelle. Comment engager des réformes et lever ces obstacles structurels afin d’accompagner la création d’entreprises qui participent à la croissance économique ? Comment transformer les contraintes géographiques en opportunités économiques ? Ce dialogue intercongolais sera certainement l’occasion pour élaborer un plaidoyer sur une politique d’accompagnement entrepreneurial ambitieuse. Avec tous ces potentiels, leviers d’un développement économique audacieux, la RDC ne manque pas d’ambition. Mais en comparant la RDC à la Corée du Sud, un pays d’Asie de l’Est, on se rend compte du paradoxe de développement économique entre les deux pays. Sans d’importantes richesses minières comme la RDC, le PIB de la Corée du Sud pays est de 1900 milliards de dollars US en 2025, pour une population de 52 millions d’habitants répartis sur une superficie de 99.617 km2, contre 82,2 milliards de dollars de PIB pour la RDC pour une superficie de 2,6 millions de Km2 et une population de 105 millions d’habitants. Étonnant ce gap différentiel !

Comment lever ces obstacles structurels et accompagner la création d’entreprises ? Comment transformer les contraintes géographiques en opportunités économiques en RDC ? Ces questions à défaut de faire l’objet des séminaires gouvernementaux en RDC pourront certainement alimenter les échanges à l’occasion du dialogue intercongolais si tel est le cas qu’il soit accepté par les dirigeants actuels. Les réponses aux différentes questions ci-dessus se transformeront en véritable plaidoyer. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie qui redonnera de la grandeur civilisationnelle à la RDC au sein d’une Afrique où son rôle moteur de développement économique est frénétiquement attendu. A l’évidence, la RDC demeure un vivier économique pour le développement autant scientifique que technologique du continent qui doit impérativement se booster industriellement. Au-delà, il y a la vitalité de ses créations et mixités culturelles. La danse rumba, socle de sa musique congolaise déjà inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO ne manque pas de susciter de façon incontestable le rayonnement international de la RDC.

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