QUELLE ALTERNATIVE À L’ORDRE DU CHAOS ?

QUELLE ALTERNATIVE À L’ORDRE DU CHAOS ?

Par Driss Senda, Revue Intelligence Géostratégique

En scrutant les faits de l’actualité internationale à la lisière du scénario catastrophe selon le droit international, du président du Venezuela, un pays souverain, force est de constater que la bascule du monde est là. Le monde se fait peur. Car l’essentiel est fait. C’est déjà le retour de la guerre, l’ordre du chaos, ne nous y méprenons pas.

Pire encore, il s’agit de reconnaître que depuis 1945, malgré la paix négociée qui avait abouti à la création de l’ONU, l’idée de la guerre qui supplante celle de la paix universelle mérite d’être élargie, dans la mesure où la guerre n’a en réalité jamais disparue. L’odeur des poudres de chasse a été fréquemment sentie dans plusieurs pays du monde où sévissent des guerres inter-étatiques ou intra-étatiques; 52 guerres au total à ce jour dont deux majeures.

« Au cours de ma carrière, qui remonte aux années 1960, j’ai couvert plus de 40 guerres à travers le monde. J’ai vu la guerre froide atteindre son apogée, puis s’évanouir tout simplement. Mais je n’ai jamais connu une année aussi inquiétante que 2025, non seulement parce que plusieurs conflits majeurs font rage, mais aussi parce qu’il devient évident que l’un d’entre eux a des implications géopolitiques d’une importance sans précédent », s’inquiète, John Simpson (Rédacteur en chef des affaires internationales à la BBC). Les conséquences aux plans humanitaire, économique sont visibles avec des répercussions politiques qui sont à l’origine d’une instabilité chronique dans plusieurs États. Celle-ci favorise l’essor de groupes armés non-étatiques dans une certaine mesure si ce n’est alimenter de nouvelles tensions géopolitiques.

De l’Afrique aux portes de l’Europe, le retour des empires qui fait suite à la balkanisation de certains États, à l’idéologie de puissance dominante sur les autres pays, continue de façonner la société internationale et fragilise nos équilibres géopolitiques. L’heure est venue de jeter un regard nuancé pour cerner réellement le pourquoi de la résurgence des crises ou conflits d’intérêts entre nations, et au mépris du droit international qui fonde l’Ordre mondial actuel. Il s’agit d’en saisir la quintessence même des idées qui motivent le retour à la guerre, sans oublier de se souvenir de ce qui s’est passé, 5 ans durant, entre 1939 et 1945, avec, outre les ruines économiques, la perte de plus de 63 millions de personnes. Il n’y a pas de place à la guerre dans ce monde contemporain où l’homme a atteint un niveau exceptionnel de maîtrise des techniques et technologies. Nous devons pencher un regard intéressé sur les enjeux globaux qui sont susceptibles d’en être des causes majeures, et sur le rôle de la dissuasion, les engagements conventionnels, la responsabilité tant nationale qu’internationale des dirigeants du monde.

Il est certes évident que la présence des guerres un peu partout dans le monde traduit l’irréversibilité d’un monde à jamais en crise, un monde en défaut d’équilibre, un monde tourmenté où surgissent de nouvelles formes de conflictualité visibles en Afrique, en Asie, aux Amériques, en Europe. Quoi de plus inquiétant !

Les guerres actuelles semblent ainsi être guidées par des lois immuables que chaque humain doit s’efforcer de décrypter, à travers l’histoire de l’humanité.

Il nous faut convoquer la mémoire de ceux qui, à travers l’histoire, ont vécu les pires tragédies qui ont endeuillé l’humanité.

Il nous faut réfléchir sur l’impact qu’ont eu les idées de guerres et les conséquences de celles-ci sur la vie de l’Homme sur cette terre considérée désormais comme un exutoire, un exil forcé pour l’homme. N’est-ce pas la raison qui fait dire certains textes sacrés, je cite : ‘’ l’homme n’est qu’un simple pèlerin sur terre?’’

Il faut réfléchir au comment ne pas faire des politiques de défense des relais de déstabilisation contre les autres pays, quelle que soit leur faiblesse militaire et même si l’argument opposé est de dire : qui veut la paix prépare la guerre.

C’est pourquoi il est important pour les citoyens du monde actuel de se donner les clés indispensables à l’analyse et à la compréhension des crises de guerres d’hier, des guerres d’aujourd’hui afin d’imaginer les stratégies idoines de résolution des conflits de demain. C’est cela que j’appelle l’obligation de repenser notre philosophie de paix, notre grammaire stratégique et/ ou géopolitique, à l’effet de mieux cerner les phénomènes ou les idéologies ruineuses actuelles qui n’ont pour finalité que de détruire des vies humaines.

Sans une Société internationale cadrée par des lois internationales, la frontière entre souveraineté étatique et engagements internationaux sera toujours brouillée. Il est important que la notion d’État revête l’obligation de respect autant des lois internes que celles des instruments juridiques censés organiser le bon fonctionnement de la Société internationale. Nous ne cesserons jamais de le rappeler qu’en matière de coutume internationale, même en l’absence de traité explicite, les pratiques constantes et acceptées par tous deviennent juridiquement opposables.

Il faut veiller à l’équilibre entre droit interne et droit international pour ne pas faire entorse au respect de la souveraineté des autres pays. Les exemples sont légion et ne concernent pas seulement le cas récent du Venezuela qui traduit effectivement l’envie de transformation profonde de la puissance américaine sous Trump II. Plus d’un observateur souligne à juste titre que les Etats-Unis ne cherchent plus à être aimés mais à être suivis et être craints. Le « monde libre » devient plutôt un périmètre loyaliste. L’enjeu dépasse ainsi le simple cadre culturel et civilisationnel.

Le constat est que notre monde n’est plus « comme avant ». Et loin de rester au stade des émotions que suscitent tels confits ou telles guerres à travers le monde, nous sommes conviés à entrer dans une solide compréhension d’un phénomène bouleversant qui représente un défi sérieux. La survie de notre humanité en dépend largement. Nous ne devons continuer à gémir et lancer des cris qui ressemblent aux prières désespérées que lanceraient à Dieu au soir de leur vie, des personnes athées qui pourtant ont nié son existence, toute leur vie.

Au-delà des normes internationales souhaitées pour la stabilité du monde, la culture de l’universalité peut s’avérer être un dénominateur commun pour le bien de chaque peuple. Au-delà de la politique étrangère et de défense qui fait que chaque État possède sa propre compétence nationale, il est loisible de rapprocher les sensibilités pour ne pas vivre les affres d’un monde de plus en plus divisé et qui perd continuellement son âme. Il est temps que la question du « faire ensemble » prenne de l’importance face aux velléités des forces centrifuges qui semblent prendre l’avance dans plusieurs domaines, avec leur cohorte d’intrigues. C’est la priorité numéro un pour conjurer l’étiolement d’un unilatéralisme qui devient source de chantages et de menaces diverses, d’exigences intrusives guidées par des intérêts partisans en opposition avec une vision globale d’un monde plutôt multipolaire.

En ces débuts de l’année 2026, force est de constater que ce qui restait d’un univers bâti patiemment depuis 70 ans sur le multilatéralisme et la construction d’un monde aux valeurs universellement partagées, un monde où les sciences étaient censées être au service d’une humanité qui devrait se développer dans l’harmonie et la quiétude des peuples, tout a volé en éclats.

Le monde traverse une zone de turbulence extrême qui peut à tout moment provoquer des conflits d’une extrême violence à l’échelle des continents si ce n’est la disparition de certaines civilisations. Les prémices sont déjà là : la fracture des liens diplomatiques, le non-respect du droit international, le bâillonnement des droits des peuples, des accords bilatéraux menacés, des souverainetés confisquées. Tout compte fait, les enjeux et rivalités géostratégiques ébranlent la stabilité du monde. Mais la recherche d’un développement durable et inclusif doit pousser les Nations à comprendre la nécessité de créer les conditions d’une paix durable. Au-delà du retour forcené des empires qui semblent briser les principes fondamentaux des relations internationales, l’espoir reste permis, attendu que les dirigeants de ce monde, au nom de la survie de la Société internationale, devront entendre raison.

Le monde peut retrouver le chemin de sa stabilité. Pourvu que cessent les relents impérialistes.

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