
FPU-France : Transcender les barrières idéologiques, politiques et religieuses, une exigence pour une réelle culture de paix dans le monde
Allocution de Driss SENDA, Chairman
Le monde n’a jamais été aussi complexe en cette fin du XXIe siècle, en raison de multiples conflits, des questions frontalières, des révolutions qui surgissent spontanément ; des défis qui causent de nombreuses guerres quelques fois par procuration, si ce n’est des systèmes politiques entiers qui vacillent, menaçant de faire basculer l’Ordre mondial. L’on assiste de plus en plus à des tensions majeures entre souveraineté étatique et engagements internationaux, exacerbant ainsi les crises qui mettent en péril l’aspiration à la paix. Le principe même du droit international contemporain, fondé sur la coopération, la réciprocité et la confiance est désormais mis à rude épreuve. La multiplication d’exigences intrusives des États dits plus forts, l’impression des soupçons généralisés entre pays en crise suscitent un climat de méfiance à tel point que tous ces épiphénomènes alimentent des perceptions de profilage identitaire ou culturel.
Quoi de plus légitime que de parler des droits humains ! Quoi de plus naturel que de réfléchir sur le grand tournant géopolitique qui nous fait traverser ce XXIème et suscite peur, incertitudes sur le devenir de notre humanité ! Et pour cause, le déplacement en cours du centre de la puissance vers l’Asie orientale, notamment avec la Chine, l’Inde, dans un monde devenu multipolaire, donc plus complexe, alors que la domination cinq siècles durant de l’Occident n’appartient plus qu’au passé.
À cette confusion s’ajoutent les questions démographiques (Occident 33% à 10%), des conflits récurrents ayant pour conséquences des mutations enrobées par des discours et actions violents qui précipitent la société internationale vers un No Man’s Land, c’est-à-dire une zone grise sans loi, terreau des stratégies viriles qui se confondent entre ordre et vengeance.
Une nouvelle ère des dirigeants des nations qui se disent « puissants » et font le pari d’une stratégie de l’intimidation plutôt que de privilégier la concertation, le dialogue. À la lisière d’un tel panorama, la Fédération pour la Paix Universelle (FPU) dont les principes moteurs participent de la mise en exergue du dialogue et de la concertation, de l’interdépendance, s’interroge sur la définition des menaces et défis globaux qui se dressent face aux peuples du monde, afin d’explorer de nouvelles pistes de paix.
À l’évidence, les repères de l’Ordre mondial sont bousculés, « la frontière entre le national et l’international est totalement brouillée », nous avertit d’emblée Pascal Boniface, directeur de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).
Le thème ´´Transcender les barrières idéologiques, politiques et religieuses, une exigence pour une réelle culture de paix dans le monde´´ cristallise donc les fractures contemporaines et montre comment l’espace monde, loin d’être neutre, est devenu l’ultime terrain où se jouent les guerres de positionnement ; un théâtre où se joue une confrontation permanente entre des visions concurrentes de l’histoire, de l’identité nationale et des valeurs que les différents pays choisissent d’incarner. Malheureusement, l’instinct dominateur est devenu le marqueur principal qui, couplé à un protectionnisme affirmé devient l’instrument d’exclusion et source de conflits. Le risque d’idéologie implicite qui se révèle être comme une hiérarchisation de pays dits civilisés et développés, d’autres sous-développés, voués à subir prédation et dictat. Ces pratiques politiques ou discriminatoires fragilisent le multilatéralisme et attirent l’attention de spécialistes en droit international, de relations internationales et de la géopolitique tant il est vrai que les règles de jeu de la société internationale semblent remises en cause.
Cette réalité sur une civilisation mondiale en mutation ne peut qu’interpeler la FPU, dont l’humanisme est au cœur de sa vocation et promeut l’art de respecter l’autre avec ses fondements culturels, cultuels et traditionnels, l’art d’aimer et de célébrer la vie. Une bienveillance qui élève l’esprit vers un idéal qui confère la dignité à l’homme. C’est le sens des cinq (5) principes fondamentaux de la FPU, à savoir, l’humanité forme une seule famille créée par Dieu ; la nature des êtres humains est avant tout d’ordre spirituel et moral ; la famille est la première école d’amour et de paix ; vivre pour les autres ; la coopération qui transcende les barrières ethniques, religieuses et nationales.
Cet univers exigeant demande que tout ambassadeur de paix revisite l’histoire pour mieux appréhender les réalités existentielles du moment, et à l’effet de mieux repenser le monde de demain. Une responsabilité qui nous incombe face aux idéologies les plus brutales de notre siècle. Car, 80 ans après la création de l’ONU, 77 ans après la déclaration universelle des droits de l’homme, le monde vit toujours dans une sorte de nébuleuse qui affiche plus d’une cinquantaine de conflits armés dont 2 guerres majeures. Il s’agit là des plaies qui rendent impossible une praxis de paix.
Ces guerres de civilisations s’apparentent à un siècle de chutes et appellent à la mise en place de nouveaux paradigmes de paix qui, à leur tour, devraient structurer l’Ordre mondial et les relations internationales. Les États, les organisations intergouvernementales, les entreprises multinationales, les ONG étant les principaux acteurs et sujet de droit international public.
Sans noblesse dans ce combat face aux défis de paix, il est difficile d’obtenir des résultats notoires et d’entrer dans la civilisation mondiale où la culture de paix demeure une quête perpétuelle.
Il faut noter avec admiration la richesse profuse de l’héritage de la Fédération pour la paix universelle qui se lit depuis l’année 2005, à travers l’attachement de ses membres aux cultures, aux traditions, aux croyances des peuples du monde et qui sont des leviers essentiels pour mener stratégiquement le combat d’éveil des consciences collectives pour la paix, l’équité, le dialogue. (ici je vous renvoie à l’ouvrage Textes sacrés du monde, une anthologie comparative). Des relents qui façonnent toute l’histoire contemporaine et qui peuvent devenir le miroir de nos actions, nos activités à travers notre monde. Nous ne devons pas nous inféoder à des impostures ruineuses des idéologies qui brisent l’armature de nos sociétés, ni donner des signes de frilosité face à la désagrégation de nos sociétés. L’évidence des faits dans ce monde en constants bouleversements demande une nouvelle vision du monde pour une FPU qui devra certainement réviser son socle des principes organisationnels, en les adaptant à une aventure collective empreinte d’une incroyable fécondité.
Comment affronter l’avenir avec une confiance renouvelée face aux dérives autoritaires ?
Au-delà des relents impérialistes qui caractérisent certaines Nations et les divergences sur des notions comme Etats-Nations et Etats-civilisations, lesquelles notions qui attisent le poids des barrières idéologiques et les replis identitaires, la réponse à apporter à la résolution des défis globaux qui s’imposent à la société internationale demeure l’une de sources idoines à la paix. Pour la FPU, c’est l’une des grandes leçons de l’histoire d’une humanité dans laquelle la frontière entre le national et l’international est brouillée, parfois effacée. Les répercussions sur la sécurité humaine sont lourdes de conséquences tant à l’intérieur des États qu’à l’extérieur de ceux-ci. Pour garantir la paix et la sécurité humaine, il est loisible de noter que le monde dans lequel nous vivons n’est ni unipolaire, ni multipolaire, il est simplement globalisé et donc, aucune puissance ne devrait imposer sa volonté aux autres, ni croire résoudre seule, les grands défis internationaux. Le reconnaître est déjà un pas en avant vers la paix.
Longtemps, la mondialisation ou globalisation était considérée comme gage d’un monde meilleur où chacun bénéficierait des opportunités, réduisant ainsi les inégalités qui sont sources de conflits.
Face à ce tableau sombre, le droit international aurait-il failli pour garantir à une société internationale globalisée des conventions qui encadrent les relations inter-états ou intra étatiques ? L’opposabilité de la coutume internationale (actes ou faits juridiques semblables aux États) -une pratique mentionnée à l’article 38 du statut de la Cour Internationale de Justice – aurait pu profiter à instaurer plus de conditions de paix et de dialogue entre les peuples, encadrant ainsi la réalisation des défis globaux. Notamment la sécurité internationale (paix et guerres), le défi climatique, le déséquilibre économique international, la démographie et les migrations, la prolifération des armes et la course à l’arme nucléaire. En tant qu’organisation de promotion de paix, la FPU, les confessions religieuses se doivent de mener des réflexions relatives à la résolution des problèmes liés à ces défis globaux, sans quoi, le monde ne connaîtra vraiment pas la paix.
Les appétits des uns et des autres demeurent récurrents et se cristallisent en stratégie de domination ou d’intimidation, fissurant ainsi le monde en différents blocs.
À verser dans un jeu de rôle qui ne débouchera jamais sur l’amorce d’une solution de paix, le monde continuera à se faire peur. Tant que nombre de pays verront leur pouvoir s’éroder dans le monde, ainsi que leur influence, la paix sera toujours simple illusion.
Toutefois, face au délitement de la paix à travers le monde, l’ONU malgré tout, a l’audacieuse mission de maintenir cette paix et la sécurité internationale, de promouvoir le respect des droits humains et favoriser le développement économique et social, en tant qu’acteur incontournable de la scène internationale.
La FPU a une lourde mission, une responsabilité importante en matière de paix et de sécurité humaine, au regard du Statut consultatif général dont elle bénéficie auprès du Conseil économique et social de l’ONU.
En faisant de l’éducation aux valeurs morales et familiales son cheval de bataille, en mettant en exergue les fondements culturels et traditionnels des nations, il y a nécessité qu’elle scelle un réel partenariat avec l’UNESCO, afin de mieux affiner les réflexions sur une réelle culture de paix entre les peuples du monde.
Et que conclure ?
Nous sommes stupéfaits de l’évolution du monde actuel, en raison de la récurrence des menaces contre la paix. Les réflexions sur l’analyse géopolitique y relative donnent à s’ouvrir plutôt à une époque où l’espoir est permis. Mais les oppositions entre factions ou blocs d’influence éclairées par des prises de positions de ceux qui croient détenir le monopole de la puissance fracturent l’environnement international en conflits d’intérêts entre nations. Une dérive rédhibitoire qui précipite malencontreusement la société internationale dans le chaos.
Nous voulons d’un monde où l’interdépendance, le co-développement, la vision verticale et horizontale du sens de la vie sur terre seraient source d’équilibre planétaire. « Ce que le malheur n’a pas abattu, il l’aura construit », disait Paul Claudel. C’est à travers les difficultés que se forge l’identité réelle d’un peuple.
Pour délivrer le monde du chaos, de la ruine des civilisations, les ambassadeurs de paix et tout homme de bonne volonté se doivent de répandre dans celui-ci des lumières qui détruisent l’enfer des humains. Ils doivent être la source de cette lumière, ce pont entre diverses civilisations qui peuplent la terre. Leur sobriété, leur amour pour la paix doivent intégrer la conception éthique de la vie humaine, des valeurs fondamentales qui protègent la dignité humaine et convergent vers le service du bien commun.
Et les fondamentaux pour y arriver c’est le dialogue intellectuel, esthétique et spirituel entre civilisations qui se respectent et qui s’enrichissent de valeurs des uns des autres. Les ambassadeurs de paix doivent se résoudre à l’idée supérieure que la culture, la créativité peuvent réparer ce que l’histoire a brisé.
Il est temps de demeurer des artisans de la création et de l’espérance en s’inscrivant dans le sillage d’une entreprise humaine de paix dont la ligne directrice est la lutte pour la liberté du citoyen du monde et l’effectivité de ses droits fondamentaux.










